« O vous frères humains... »

Paris, le samedi 8 juin 2013 - Comment parler de la fraternité entre les peuples, sans se risquer à la mièvrerie ou pire à la naïveté ? Comment même promouvoir les liens entre deux peuples qui semblent désespérément jetés dans le cercle d'une violence éternelle? En allant au fond des cœurs. Ne voyez pas dans cette réponse la naïveté que nous aurions aimé éviter mais une stratégie chirurgicale. Depuis 2005, l'association « Un cœur pour la paix » finance l'intervention d'enfants palestiniens atteints de malformation cardiaque congénitale. Ce sont des équipes de médecins israéliens, avec le concours de professionnels palestiniens qui pratiquent ces interventions. Alors que l'on devrait fêter en juin le 500ème enfant opéré grâce à cette association, le comique Ary Abittan, dont le spectacle « A la folie » connait un joli succès se produira le 24 juin au Théâtre Édouard VII à Paris au profit de l'organisation. Cette soirée sera l'occasion de découvrir les personnages attachants campés par Ary avec forces mimiques et autres pitreries.

Un peu de sentimentalisme

Il n'est pas que les enfants que la chirurgie sauve des nœuds intriqués du conflit. La Chaine Parlementaire rediffuse dimanche 9 juin un reportage d'Esther London. La journaliste est allée à la rencontre des parents d'un soldat israélien, tué (accidentellement?) par un camarade de chambrée. Parmi les organes du jeune soldat, son cœur a sauvé la vie d'un étudiant arabe, Saleem. Le reportage offre le récit de la rencontre entre Saleem et les parents de son donneur (la levée de l'anonymat est possible en Israël dans certaines conditions). Il montre le lien particulier de sollicitude qui s'est tissé entre la famille et le patient et par exemple comment ce dernier épaule les parents dans les démarches juridiques pour comprendre les circonstances du drame qui a emporté leur fils. Le documentaire permet également d'évoquer la question complexe du don d'organe en Israël et de rappeler la collaboration entre les équipes médicales des deux peuples. L'un des héros de cette belle fable est le chirurgien qui a opéré Saleem et qui avec simplicité rapporte que quand il a eu le cœur arabe dans une main et le cœur "juif" dans l'autre, il n'a pas vu la différence.

Pas du tout de sentimentalisme

Chirurgien, Amine Jaafari héros de « L’Attentat », dernier film de Ziad Doueiri, adapté du roman éponyme de Yasmina Khadra l'est aussi. Cet arabe israélien est même un spécialiste reconnu, apprécié de ses pairs qui viennent de lui octroyer une distinction prestigieuse. Un matin, il doit prendre en charge les victimes d’un attentat suicide commis au cœur de Tel Aviv. Après cette longue journée, il est rappelé pour identifier l’un des corps : celui de sa femme, probablement le terroriste. Pour Amine Jaafari va alors s’ouvrir un long sentier de doutes ; doutes sur la femme qu’il a aimée et qu’il connaissait si mal, doutes sur le poids de cette identité si lourde à porter d’arabe israélien, doutes sur sa famille, ses amis, ses confrères qui tous le renvoient à cette dualité quasiment impossible. C’est sans pathos déchirant que Ziad Doueiri emprunte les voies de ce thriller psychologique et politique. Politique, son film l’est au-delà même de son histoire : aujourd’hui, vingt-deux pays de la Ligue arabe (y compris le Liban dont est originaire le réalisateur) ont décidé de censurer le film pour la simple raison que plusieurs de ses scènes avaient été filmées en Israël…

Beaucoup de sentimentalisme

A la fin d’un tel article, il apparaît soudain à l’auteur qu’il est difficile d’évoquer ces questions sans tomber dans l’espoir naïf, l’idéalisme benêt. Car une question tente de s’immiscer. Nos enfants seront-ils demain plus aptes que nous à faire naître l’entente cordiale entre les peuples, entre les cœurs (au-delà de l’aspect chirurgical) ? L’interrogation sera toute entière contenue dans la seconde édition du Festival européen de la Jeunesse et des droits de l’homme organisée par l’association « Regards d’enfants » au Palais de la Musique et des Congrès de Strasbourg. Au programme, ce dimanche 9 juin, la création d’une comédie musicale, un concert des Gospels kids et des ateliers musicaux pour apprendre ce que vivre ensemble veut dire. Tout un programme.

Aurélie Haroche

Références
Théâtre : « A la folie », spectacle d’Ary Abittan, Spectacle du lundi 24 juin donné au profit de l’association « Un cœur pour la paix », Théâtre Edouard VII, 10 Place Édouard VII, 75009 Paris
Télévision : « Frères de cœur », documentaire d’Esther London, La chaîne parlementaire, le dimanche 9 juin, 21 h 30
Cinéma : « L’Attentat », film de Ziad Doueiri, sortie le 5 juin (1 h 45)
Manifestation : Festival européen de la Jeunesse et des droits de l’homme, dimanche 9 juin, Palais de la Musique de Strasbourg, Place de Bordeaux, 67000 Strasbourg

Copyright © http://www.jim.fr

Réagir

Vos réactions

Soyez le premier à réagir !

Les réactions aux articles sont réservées aux professionnels de santé inscrits
Elles ne seront publiées sur le site qu’après modération par la rédaction (avec un délai de quelques heures à 48 heures). Sauf exception, les réactions sont publiées avec la signature de leur auteur.

Réagir à cet article