A l’épreuve du genre

Paris, le samedi 17 décembre 2016 – Un célèbre comique affirmait que l’on peut rire de tout. La maladie et la mort ne font pas exception. Ces deux sujets se caractérisent en outre par leur capacité à pouvoir se glisser dans tous les registres, dans tous les genres. Comique, d’abord. Voir grand guignol. La démonstration en a encore été faite lundi dernier dans les épisodes trois et quatre de la série à succès Une Famille Formidable (qui en dépit de sa faiblesse reste attachante), où l’on a vu l’un des personnages principaux, Reine, tenter de se débattre contre un cancer du pancréas grâce à la sorcellerie réunionnaise. Scène d’exorcisme, ingurgitation de sang de poulet et yeux exorbités : rien ne nous aura été épargné ! L’objectif est évidemment de créer le rire et d’oublier la situation dramatique, qui devrait pourtant resurgir de façon plus réaliste dans les derniers épisodes diffusés ce lundi 19 décembre.

Naufragés

On ne passera pas de façon aussi baroque d’un registre à l’autre dans le roman de l’écrivain suisse Silvia Härri, Je suis mort un soir d’été, qui raconte comment une famille et surtout un jeune garçon restent pour toujours hantés par la mort d’une petite fille, atteinte d’une maladie génétique. Pour toujours, Pietro a le sentiment d’avoir disparu en même temps que l’enfant qui de son lit de douleur demandait qu’on lui raconte des histoires. Pour toujours la pieuvre de cette maladie hantera la famille, la mère sombrant dans la dépression, puis le jeune homme devenu adulte restant pétrifié par la peur de transmettre la pathologie à sa descendance.

Ostracisés

Je suis mort un soir d’été est un roman intimiste. Très loin des outrances de la science fiction. Pourtant, avec la métaphore de la pieuvre, avec cette hantise perpétuelle, la convocation des scénarios horrifiques n’est pas loin. Le genre est parfaitement honoré avec Troupe 52 de Nick Cutter. L’écrivain canadien adoubé par Stephen King nous embarque sur une île, où le voyage de cinq adolescents et de leur chef, Tim, un médecin, va très rapidement tourner au cauchemar quand à peine débarqué ils font face à un homme gravement malade qui se révèle rongé par des vers géants génétiquement modifiés. Bientôt, l’équipage risque d’être contaminé et l’ile est placée en quarantaine, basculant dans l’horreur. Les scènes gores qui se succèdent ne sont pas les seules à être glaçantes, le style de Nick Cutter offre une plongée froide et presque journalistique dans l’horreur.

Aliénés

La maladie peut en effet également être un objet d’étude. Ce fut l’entreprise de Nellie Bly. A la fin du XIXème siècle, cette femme considérée comme la pionnière du journalisme infiltré avait passé dix jours dans l’asile Bellevue sur la Blackwell’s Island de New York. Son reportage édifiant, publié pour la première fois en format poche en cette fin d’année, avait révélé les conditions de vie indignes des femmes internées soumises au froid, à la mauvaise alimentation et aux coups. Alors que les patrons de Nellie Bly au New York World pensaient récolter un gentil reportage sur un asile bien sage, ils publièrent une véritable bombe en mettant à jour un enfer. Un exercice de genre qui permit de sensiblement changer les choses à Bellevue.

Télévision :

Une Famille Formidable, Tf1, lundi 19 décembre, 20h45

Roman :

Je suis mort un soir d’été, Silvia Härri, Ed. Campiche, 157 pages

Troupe 52, Nick Cutter, Denoël, 448 pages, 21,80 euros

Essai :

10 jours dans un asile, de Nellie Bly, Points, 168 pages, 6,10 euros

Aurélie Haroche

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