Contes et légendes (réinventés)

Paris, le samedi 13 juillet - Une des grandes affaires des cinéastes, écrivains et autres artistes consiste en une réécriture de préférence décalée de nos contes, légendes et autres mythes. Nicolas Charlet et Bruno Lavaine, qui ont réjoui les téléspectateurs de Canal + avec leurs « Messages à caractère informatif » ne s’en cachent nullement. Leur comédie, « Le Grand Méchant Loup » est en effet une fantaisie sur le thème des « Trois petits cochons ». En guise de suidés, trois frères (interprétés par Benoît Poelvoorde, Fred Testot et Kad Merad) qui se retrouvent au chevet de leur mère, victime d’un infarctus. C’est à l’occasion de leurs visites à l’hôpital que les trois hommes vont voir germer le désir d’une autre vie – avant qu’il ne soit trop tard. Le grand méchant loup prend ici l’allure de jeunes femmes passionnées, mais c’est bien d’une maison à l’autre (avec toujours des escales dans la chambre d’hôpital de leur mère) que les frères vont être conduits poussés par le souffle de l’aventure. Sur fond de comédie réjouissante portée par des acteurs très en forme, c’est un conte sur la liberté, les affres de la quarantaine et le couple que nous propose « Le Grand Méchant Loup ».

Pars à Versailles…

Sous la plume de la romancière britannique Rose Tremain, dans son dernier opus « Ami du roi », encore une histoire de cochon et d’aventures à vivre contre le temps qui passe. La légende ici est celle de la cour de Versailles où Robert Mérivel, le médecin de Charles II d’Angleterre, se réfugie, avide de pouvoir encore conter fleurette quand sa réputation d’homme vieillissant l’en empêche de l’autre côté de la Manche. Rose Tremain s’amuse à jouer avec les légendes qui bruissent autour du château du Roi de France et à dévoiler ce monde d’illusions derrière les lustres et les lambris. Mais son principal sujet reste Robert Mérivel qui mène des études sur les animaux (et entre autre les cochons) afin de s’intéresser à leur âme. Parallèlement à ces travaux scientifiques, il vit quelques amours sensuelles avec Madame de Flamanville, botaniste qui lui révèle, à lui aussi, une autre façon de voir le loup.

… ne reviens pas aux Halles…

Les couloirs de Versailles étaient souvent empuantis par diverses maladies. Parmi les pathologies que l’on redoutait le plus et qui frappa l’imaginaire de tant d’écrivains : la peste. Après Camus ou Pagnol, Fred Vargas s’attaqua à son tour à cette maladie mythique dans son roman « Pars vite et reviens tard ». Elle sait parfaitement distiller dans son thriller toutes les symboliques attachés à cette pathologie, celles notamment des 4 inversés désignés sur les portes. Dans son adaptation cinématographique qui sera diffusée le 15 juillet sur France 3, Régis Wargnier a également su retranscrire cette atmosphère devenant peu à peu asphyxiante, la panique s’emparant des populations, tandis que José Garcia est un commissaire Adamsberg aussi ombrageux que le loup.

… et demeure en Avignon.

Robert Mérivel est à Versailles, Adamsberg ne cesse de retraverser le mythique quartier des Halles à Paris, mais les comédiens de la compagnie de l’Incertitude ne joueront pas dans la légendaire cour du Palais des Papes à Avignon. C’est une cour un peu moins prestigieuse qui les accueillera : celle de la faculté des sciences de la ville. Pas de quoi attrister les membres de cette troupe, composée de chercheurs et salariés du CNRS, particulièrement heureux de participer à cet événement théâtral plus que légendaire. Ils se produiront du 22 au 26 juillet et interpétront « L’homme qui », regroupement de saynètes signées Peter Brook où se succèdent des patients souffrant de troubles neuropsychologiques. L’expérience de certains des chercheurs/comédiens n’a pas été inutile pour interpréter plusieurs passages du texte. « Dans notre compagnie, nous avons deux spécialistes en neurosciences. Cela nous a aidés » explique par exemple dans les colonnes de Sud Ouest l’un des membres de la troupe, Floréal Daniel. Mais la pièce a également été choisie parce qu’elle « nous renvoie à notre fragilité » explique-t-il.

Fragilité, qui fait parfois plus peur encore que le loup. 

Aurélie Haroche

Références
Cinéma : « Le Grand Méchant Loup », de Nicolas Charlet et Bruno Lavaine, sortie le 10 juillet 2013, 1h47.
Roman : « Ami du roi », de Rose Tremain, éditions Lattès, 22 euros, 428 pages.
Télévision : « Pars vite et reviens tard » de Régis Wargnier, le lundi 15 juillet, France 3, 22h40.
Théâtre : « L’homme qui », compagnie de l’Incertitude, Cour d’honneur de la Faculté des Sciences d’Avignon, du 22 au 26 juillet, 22h30, 33 Rue Louis Pasteur, 84000 Avignon.

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