Corps à corps

Paris, le samedi 19 octobre 2013 –Ambiance suggestive, objets aux formes équivoques, photographies sensuelles : l’exposition « Sex in the city » proposée par l’association Solidarité Sida et déjà présentée dans le cadre du festival de musique « Solidays » a pris ses quartiers pendant quinze jours et jusqu’au 20 octobre à la Bastille, à Paris. Au programme, un parcours de 45 minutes afin faire le point sur la sexualité dans tous ses états, l’épidémie de Sida aujourd’hui et les enjeux de la prévention. Cette manifestation permet d’aborder ces sujets sans faire de la sexualité un tabou.

Salle de garde

Si l’on devait retenir un autre lieu où les choses de la chair ne sont nullement tues et parfois même exacerbées, il serait difficile de passer à côté des salles de garde. Dans l’ouvrage du Docteur Jean-Pierre Brunet, publié aux éditions de l’AIHP, Clément Fauré, interne en 1946 raconte sans pudeur l’organisation de concours qui feraient beaucoup de bruit aujourd’hui. Il s’agissait de désigner les amants qui réussiraient à se montrer les moins silencieux ! Les anecdotes de cet acabit ne manquent pas dans « Les internes racontent... la salle de garde. Soixante-dix ans de souvenirs hospitaliers » qui est une compilation de 38 témoignages d’anciens internes des hôpitaux de Paris de 1937 à 2006. Mais le livre ne se contente pas d’être un recueil de plaisanteries grivoises et autres chansons paillardes, il montre également le rôle d’exutoire des salles de garde, la nécessité pour ceux confrontés chaque jour à la mort, de laisser s’évader leurs esprits et leurs corps.

Un corps jamais au garde à vous

Mais comment les faire exulter ces corps, lorsqu’ils ne sont que souffrance, que le moindre geste les expose à la douleur, au point de rupture ? Telle est la carcasse de Philippe Rahmy atteint d’ostéogénèse imparfaite. Cette maladie qui l’a contraint à l’immobilisme pendant toute son enfance ne l’empêchera pas de répondre à l’invitation de l’Association des écrivains de Shanghai. Il fait le récit de cette expérience impensable dans « Béton armé – Shanghai au corps à corps ». Dans cette ville tentaculaire, dont rien ne semble devoir freiner l’essor, ce temple du « béton armé », Philippe Rahmy revient sur son enfance, sa vie, dans un « corps à corps » surprenant avec les mots et la ville.

Garde boue

C’est également un voyage au-delà de la maladie que retrace « A contre-pied », récit d’Etienne Hoarau publié l’année dernière et qui comme « Béton armé » fait partie des livres en lice pour le prix littéraire « Paroles de patients » organisé par le syndicat représentant l’industrie pharmaceutique, le LEEM. Le témoignage d’Etienne Hoarau évoque lui aussi un corps prisonnier, marqué par un syndrome de Little. S’il ne peut pas marcher comme les autres, Etienne Hoarau peut grâce à un cale pied spécial parcourir le monde à vélo. Il a ainsi traversé le Chili, la Bolivie, le Pérou et les Etats-Unis : 7 000 kilomètres à la rencontre des autres et de son propre corps.

Aurélie Haroche

Références
Exposition : “Sex in the city”, Place de la Bastille, Paris, du 5 au 20 octobre.
Livres :
« Les internes racontent... la salle de garde. Soixante-dix ans de souvenirs hospitaliers », dirigé par Jean-Pierre Brunet, éditions AIHP.
« Béton armé – Shanghai au corps à corps », de Philippe Rahmy, Les éditions de la Table Ronde, 208 pages, 17 euros
« A contre pied », d’Etienne Hoarau, éditions Mille regards, 256 pages, 19,95 euros

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