D’autres vies que la mienne

Paris, le samedi 1er mars 2014 – Au gré de nos lectures, certains réflexes s’imposent. Prononcez le mot « hypocondriaque » et nous reviennent alors en mémoire les mots de Jérôme K. Jérôme dans « Trois hommes dans un bateau (sans oublier le chien) ». L’un des personnages, « supercondriaque » comme dirait Dany Boon, se plonge dans un dictionnaire médical et comprend très vite qu’il est atteint de tous les maux décrits… sauf de l’hydarthrose de la femme de chambre, ce qui ne peut que l’inquiéter. Jérôme K. Jérôme nous livrait ici une superbe description du mécanisme infernal dans lequel s’enferment les hypocondriaques : plutôt que de fuir l’évocation de la maladie, ils la recherchent sans cesse. Le personnage principal de « Supercondriaque », dernier film de Dany Boon promis à un beau succès commercial, s’inscrit exactement dans le même illogisme. Dès qu’il ressent (ou pas) le moindre symptôme, il fonce sur internet pour interroger l’oracle et découvrir qu’il est sur le point d’expirer. A cette mauvaise manie s’ajoute une profession à risque pour lui : Dany Boon est photographe de dictionnaire médical ! Pour traiter son ami et patient, son médecin, interprété par Kad Merad, envisage un traitement de choc : lui faire rencontrer une femme. Il n’imaginait pas bien sûr que le supercondriaque jetterait son dévolu sur la propre sœur du praticien (Alice Pol). Mais est-ce vraiment l’amour ou le fait de se glisser dans la peau d’un autre, en l’occurrence un militant révolutionnaire du Tcherkistan (un pays imaginaire qui fait songer à Tintin chez les Picaros !) qui sauve notre héros ? Derrière cette fable comique, pas toujours parfaitement réussie mais néanmoins plaisante, il n’est pas impossible que Dany Boon nous propose une petite déclaration d’amour à son métier en révélant comment en se glissant dans la peau d’un autre personnage que soi on en oublie ses propres angoisses et inquiétudes.

Trois versions de la vie

C’est également dans d’autres vies que la sienne que Greta Wells va se glisser dans « Les vies parallèles de Greta Wells » roman d’Andrew Sean Greer. Il faut dire que la jeune femme a bien besoin d’une échappatoire. Rien ne va plus pour elle : son frère jumeau vient de mourir du Sida (nous sommes en 1985), le compagnon de ce dernier est également gravement malade et son amant vient de la quitter. Pour Rita, c’est le début de la dépression. Le traitement, des électrochocs, va la projeter dans une autre époque : 1918 d’abord (son frère jumeau revient de la guerre et le compagnon de celui-ci est médecin au front !) et 1941 ensuite avant l’entrée en guerre des Etats-Unis (Greta est mariée à l’amant de son frère, tandis que celui-ci tente de cacher son homosexualité). Ces trois versions d’une même vie (méthode que l’on a retrouvée dans de nombreux films) tissent un livre palpitant où l’on comprend qu’ici encore se glisser dans la peau de quelqu’un qui serait presque un autre peut amener à la rédemption.

Art

Si ce sont des électrochocs qui ont fait vagabonder l’esprit de Greta Wells, Cyril Lecomte nous assure, lui, à travers le titre de son exposition que l’ « Esprit n’est plus à prendre ». S’il avait été quelqu’un d’autre, l’acteur Cyril Lecomte (que l’on a par exemple vu récemment dans Mea Culpa) aurait été photographe. Plus encore que le cinéma, cet art est sa véritable passion et c’est avec talent qu’il le démontre à Cannes où à l’occasion des 10 ans de l’hôtel 3.14 est proposée une exposition de ses clichés, pris pour la plupart à Marseille. Si ces photos en noir et blanc sont souvent empreintes d’une grande gaieté, elles servent une cause grave. Les fonds récoltés à l’occasion de cette exposition seront en effet reversés à l’association Superléo, créée par les parents d’un jeune garçon d’Aix en Provence, Léo, atteint d’un syndrome d’Angelman. Si la famille de cet enfant sait qu’il ne pourra jamais vivre la même existence que la plupart des autres petits garçons, elle essaie néanmoins, à travers cette association et grâce à des initiatives telles que celle de Cyril Lecomte de lui offrir parfois, une autre vie que la sienne.

La traversée de l’hiver

Malheureusement, nos autres vies ne sont pas toujours des rêves, des échappées fantasmagoriques, des présents généreux. Nos autres vies ressemblent parfois à l’enfer. Des milliers de femmes n’aspirent qu’à être des épouses et des mères aimantes et aimées. Et les coups s’abattent sur elles et la violence les meurtrit. Le reportage diffusé sur France 2 mardi 4 mars à 23 h 05 intitulé « Intimes violences » est une série de témoignages filmée par Stéphane Mercurio qui est allé à la rencontre non seulement des victimes refusant cette vie qui les enferme mais également de ceux qui les prennent en charge.

 

Film : « Supercondriaque », de Dany Boon, sortie le 26 février, 1h47.

Roman : « Les vies parallèles de Greta Wells », d’Andrew Sean Greer, l’Olivier, 305 pages, 22 euros.

Exposition : « Esprit n’est plus à prendre », photographies de Cyril Lecomte, Hôtel 3.14, 5 Rue François Einesy, 06400 Cannes, jusqu’au 30 avril. 

Télévision : France 2, « Intimes violences », documentaire de Stéphane Mercurio, mardi 4 mars, 23 h 05.

Aurélie Haroche

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