De la maladie et de la mort en particulier et en général

Paris, le samedi 1er juin 2013 - « Parler de maladies est un divertissement du genre des Milles et une Nuits ». Cet aphorisme de William Osler prélude bien à toutes les satisfactions qu'un praticien pourra retirer de la lecture de l'ouvrage du Dr Jacques Deblauwe: « De quoi sont-ils vraiment morts ? » Notre confrère, qui y conjugue ses deux passions, la médecine bien sûr mais aussi l'histoire, nous invite à l'assister lors de 28 consultations qu'il tient au chevet de personnalités agonisantes de l'histoire de France, de Saint Louis à l'Aiglon en passant par François II. Et il tente pour le plus grand plaisir de ses lecteurs de diagnostiquer, avec quelques siècles de retard, les affections qui les ont emportés. Si dans le cas d'Henri IV, Jacques Deblauwe ne nous apprend que peu de chose sur les causes du décès du Vert Galant (!), il nous associe dans la plupart de ces courts chapitres à des diagnostics différentiels dignes des staffs les plus pointus, voire du Dr House. C'est ainsi que vous apprendrez que Louis IX n'est probablement pas mort de la peste à Tunis, comme on nous l'a seriné à l'école, mais plus certainement d'une fièvre typhoïde, que Philippe Auguste aurait sans doute évité à la France un Interdit sur le Royaume s'il avait pu bénéficier d'une prescription d'inhibiteurs de la phospho-diestérase 5 ou que la reine Marie-Thérèse a été victime d'une complication iatrogène qui vaudrait aujourd'hui mise en examen. Au delà des énigmes diagnostiques, ces courts récits qui se lisent comme des nouvelles sont bien sûr l'occasion de nous inviter à une savoureuse promenade historique au cours de laquelle vous ne pourrez être indifférent d'apprendre au fil des pages, que le corps de Saint Louis quelques années après avoir été bouilli dans du vinaigre a été dispersé en d'innombrables reliques ou que quatre condamnés du Chatelet ont dû leur prompte exécution à la demande des chirurgiens tentant de disposer d'un modèle expérimental de la blessure dont était atteint leur royal patient, Henri II.  

Ode à l’amour

Avant de mourir, certains de ces grands hommes (que l’on songe seulement au Vert Galant) avaient été des grands amoureux. Sans être des monarques des cœurs, nombreux sont les hommes qui à l’aube de quitter ce monde aspirent à retrouver leurs amours d’antan, ces amours particulières qui guident parfois en silence nos vies. C’est le cas du héros d’une des pièces de l’auteur hongrois Adam Biro, présentée au Théâtre du Nord Ouest à Paris avec une autre de ses œuvres sous le titre « Que reste-t-il de nos amours » (spectacle qui réunit « Vera O'Connor » et « Le Chinois et la putain »). Gravement malade, un homme vivant en Afrique cherche à retrouver la femme médecin, responsable d’un dispensaire isolé, qu’il a aimé des années plus tôt. Pierre Sourdive et Odile Mallet incarnent à la perfection ces personnages qui au-delà du temps, au-delà de la maladie et de la menace imminente de la mort renouent le fil d’un amour particulier.

Ode à la vie

Il n’est pas que les morts ou les amours qui soient particulières. Certaines journées le sont aussi. Dans le cas d’Anne-Dauphine Julliand, le 29 février, cette journée rare, tient tout à la fois de l’amour et de la mort. C’est le jour de naissance de Thaïs, sa fille aînée, emportée à trois ans et demi par une adrénoleucodystrophie. Dans « Deux petits pas dans le sable mouillé », qui avait rencontré un immense succès en 2011, la jeune femme, mère de quatre enfants,  avait raconté la maladie de sa fille et la façon dont sa famille avait tout fait pour que Thaïs ait « une belle vie » à défaut d’avoir une « longue vie ». Aujourd’hui dans « Une journée particulière », elle évoque à nouveau son existence et notamment celle de sa fille Azylis, également atteinte d’adrénoleucodystrophie. Elles s’inspire surtout du souvenir de Thaïs, qui connait un écho « particulier » chaque 29 février.

Ode (tout court)

Avoir l’impression de vivre autre chose que la maladie est une aspiration fréquente chez les patients hospitalisés. Rares sont pourtant les occasions d’exhausser ce désir. L’association « Les Voilà » y répond en organisant des concerts de grands artistes de variétés françaises. Enrico Macias est ainsi attendu au mois de juin à l’hôpital Rothschild (Paris) et Natasha St-Pier en octobre à l’hôpital Henry Gabrielle (Lyon). Cette initiative qui suscite toujours l’enthousiasme des patients et des personnels soignants vient de recevoir le soutien de la Mutuelle nationale des hospitaliers et des professionnels de la santé et du social. Gageons que le moment est également unique pour les artistes qui se produisent sur ces scènes particulières.

 

Livres : « De quoi sont-ils vraiment morts ? » de Jacques Deblauwe, Editions Pygmalion. 419 pages, 20,90 €.

« Une journée particulière », d’Anne-Dauphine Julliand, Les Arènes, 256 pages, 17 euros.

Théâtre : « Que reste-t-il de nos amours ? », pièces d’Adam Biro, du17 avril au 10 juin, Théâtre du Nord Ouest, 13 rue du Faubourg Montmartre, 75009 Paris.

Concerts : Enrico Macias, hôpital Rothschild, 5, rue Santerre, 75012 Paris, en juin. Manifestation dédiée aux patients et aux personnels soignants. Information sur le site : http://www.lesvoila.org/

Aurélie Haroche

Références
Illustration : Mort de Saint Louis à Tunis (école française, XIXème siècle).

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