Dessine-moi un patron

Paris, le samedi 3 mai 2014 – Il faut toujours qu’il y ait un chef. Non pas que cela soit forcément nécessaire, mais cela paraît parfois une fatalité. Dans tous les univers, dans toutes les sphères de la société, dans chaque corps de métier. Un meneur, un leader, un patron. Le terme bien sûr chez les professionnels de santé renvoie aux mandarins qui avec leur air docte cheminent dans les couloirs des hôpitaux. Dans le troisième tome de « Boule à zéro », jolie bande dessinée ayant pour héroïne Zita, adolescente atteinte de leucémie, le patron le temps de ce troisième opus c’est elle. La jeune fille a en effet décidé à son tour d’endosser la blouse blanche et de faire la « visite ». Avec ce renversement des rôles, les deux dessinateurs belges Ernst et Zidrou montrent avec une certaine finesse comment une longue expérience de la maladie peut transformer les patients les plus innocents en de véritables spécialistes, capables même parfois de damner le pion des praticiens. Est-ce une réflexion sur l’appropriation du patient de sa maladie ? Sur le dialogue médecin/malade ? Ou juste sur le souhait de chacun d’être le patron de son propre corps.

Au pays du foie gras

C’est sans doute pour cette réponse là qu’opteraient ceux que rencontrent le médecin cathodique Michel Cymes et la belle Adriana Karembeu dans un nouvel opus des « Pouvoirs extraordinaires du corps humain » diffusé sur France 2 mardi 6 mai. Les deux compagnons embarquent en effet pour le Sud Ouest pour faire la connaissance des champions de la bonne santé et de la longévité. Ces derniers vont livrer aux deux présentateurs des astuces simples (ou moins simples) pour maîtriser son corps et son cerveau, grâce à l’alimentation, l’activité physique, la méditation et le sommeil. Bref, ils vont tenter de démontrer que le premier pouvoir extraordinaire du corps humain c’est qu’on peut en être le patron (ou presque !).

Pas la première fois

Il est cependant des périodes de l’existence où il est difficile de se convaincre que l’on est véritablement le « patron » de son corps. Sans doute, la grossesse en est un exemple marquant. Et ce n’est pas une autre bande dessinée, le 36ème tome des « Femmes en blanc » consacré entre autres (mais finalement pas seulement) à la grossesse qui nous dira le contraire. Dans ce nouvel opus écrit par Raoul Cauvin et qui bénéficie des dessins de Philippe Bercovici, on retrouve les liens entre les patients et les professionnels de santé mais aussi les tensions qui opposent les « grands patrons » et les petits patrons et on redécouvre encore combien au sein d’un hôpital les luttes de pouvoir sont fréquentes. De quoi rire mais plus souvent sourire si l’on est un aficionado de cette série dessinée.

Animé par la foi

Si « être son propre patron » est une expression résolument moderne, il est d’autres acceptions du terme de « patron » qui renvoie à des époques oubliées. Rares sont en effet ceux qui à l’évocation de ce mot se remémoreront quelques noms de « patrons » religieux. L’un d’entre eux est pourtant le héros d’une récente bande dessinée (encore !) réalisée par deux auteurs dessinateurs Didier Chardez et Francis Carin à la demande de l’université catholique de Lille. Cette dernière souhaitait en effet faire reconnaître le rôle joué par Philibert Vrau à la fin du XIXème siècle. A Lille, « Avec son beau-frère Camille Féron-Vrau (…) ils ont notamment créé (…) la faculté de droit, de lettre, des sciences et de médecine, mais aussi tout un réseau de dispensaires avec les hôpitaux Saint Philibert et Saint-Vincent de Paul » rappelle le président recteur de l’université Bruno Cazin qui espère que cette bande dessinée offrira une nouvelle reconnaissance à ce patron oublié.

Bande dessinée :

« Boule à Zéro », de Ernst et Zidrou, édition Bamboo, 10,90 euros, 46 pages.
« Les Femmes en blanc, tome 36, neuf mois de gros stress », de Raoul Cauvin et Philippe Bercovici, Dupuis, 10,60 euros, 10 pages.
« Philibert Vrau dit le Saint de Lille », de Didier Chardez et Francis Carin, éditions Coccinelle, 13,50 euros, 48 pages.

Télévision :
France 2, « Les pouvoirs extraordinaires du corps humain », mardi 6 mai, 20h45

Aurélie Haroche

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Vos réactions (1)

  • Etre son propre patron, pour apprendre et désirer. Quel dessin ?

    Le 04 mai 2014

    Je connais cette émission qui vante les pouvoirs extraordinaires du corps... et le "paradoxe français" annoncé en 1992 dans les médias sur les travaux du professeur Serge Reynaud qui est décédé depuis peu. Les études de l'OMS et de l'INSERM de Lyon montraient une plus faible mortalité cardiaque dans le sud-ouest de la France et une plus longue espérance de vie. Avait-on pour autant expliqué si le foie gras ou les vins de Bordeaux étaient en cause dans ces études? Des études sont-elles venues plus tard confirmer quelle nutrition était plus particulièrement bénéfique dans ces régions ?
    A ma connaissance jamais. Mais chacun sera libre de remplir sa cave d'armagnac, de conserves de canard ou de vins de Médoc, persuadé d'allonger son espérance de vie. Dire que pour la maîtrise de notre corps et de notre capital santé nous sommes les décideurs, les patrons, les experts, c'est certes plus flatteur que de nous annoncer que nous sommes des esclaves, des serviteurs et que nous ne savons rien. Vous évoquez l'histoire, la foi, le religieux. Si les patrons, devenus saints ou restés anonymes, sont avant tout au service d'un pouvoir quel qu'il soit, les savants, les doctes médecins sont autant des serviteurs. Leur donner l'illusion d'être libres par la confusion d'un prétendu savoir avec le pouvoir, en leur attribuant un titre, un privilège, n'est ce pas flatteur ? Ils n'en sont pas moins toujours esclaves. Donner à un large public par le pouvoir des médias le sentiment, la conviction d'être décideur et patron, c'est assez facile sur des questions de santé. La boîte à image et ses nombreuses émissions santé captivent comme les tympans de nos églises qui s'adressaient aux analphabètes incultes pour les tenir dans la peur du mal, dans l'ignorance et dans le respect de l'autorité. L'obscurantisme religieux n'existe plus ou presque. Le scientisme en médecine, cette religion sans dieu, aurait-il pris le relais ? Comment mieux flatter,fidéliser et faire grimper l'audience ? Un double pouvoir, complémentaire, celui de l'homme médecin qui a le savoir et celui de la femme qui ne sait pas, mais qui a le désir d'apprendre et le pouvoir de séduire. Comment ne pas céder à la magie captivante de ce couple et de leurs désirs ?
    Si l'enjeu est de devenir expert ou son propre patron, c'est encore plus captivant.
    Je me répète, captivant, captif, prisonnier?
    Non dit le corbeau, je suis libre de laisser choir mon fromage quand je veux.
    Je ne cède pas au discours flatteur.
    Je peux changer de chaîne, je peux zapper quand je veux, dira le téléspectateur.
    C'est aussi le seul espace de liberté qu'il nous reste devant de telles émissions, un choix entre l'adhésion ou la dérision. Quel dessin?

    Dr Jean Minaberry Endocrinologue, Diabétologue, Nutritionniste, Bordeaux
    jeanminaberry(a)hotmail.com

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