Dissection d’une Première année

Paris, le samedi 15 septembre 2018 - Thomas Litti n’en finit pas de disséquer l’homo medicus, le médecin. Ce n’est pas une analyse sociologique, même si cette dimension n’est évidemment pas absente. Ce n’est certainement pas une réflexion scientifique ou éthologique, même si là encore des détours ne sont pas impossibles. C’est une quête profondément psychologique, qui interroge tout d’abord la vocation. Il ne s’agit pas uniquement de déterminer ce qui conduit certaines personnes à vouloir être médecin, mais plus encore de tenter de toucher ce qui leur impose de poursuivre ce rêve malgré toutes les contraintes. Malgré la maladie comme dans Médecin de campagne, malgré les blouses tachées bien qu’encore propres comme dans Hippocrate et surtout malgré le concours de première année, "machine à broyer".

Contraste et gémellité

Des deux héros de Première année, sorti sur les écrans ce mercredi, Benjamin (William Lebghil) pourrait biographiquement le plus se rapprocher de Thomas Litti. Comme Benjamin, Thomas Litti était un élève brillant, qui n’a pas eu à connaître l’épreuve douloureuse du redoublement et qui venait d’une famille de médecins. D’ailleurs, le héros porte le même prénom que le personnage d’Hippocrate, que l’on pouvait également considérer comme un "double" du réalisateur. Pourtant, tout se brouille dans Première année, car le personnage le plus attachant est celui d’Antoine (Vincent Lacoste, qui interprétait le Benjamin d’Hippocrate, sorte d’Antoine Doinel de cette saga médicale), triplant (après avoir obtenu une dérogation) qui refuse d’abandonner son désir d’être médecin. C’est d’ailleurs un des rares étudiants à mettre en avant cette envie, quand ses compères d’infortune se concentrent plutôt sur les statistiques… notamment de réussite et d’échec.

Abattage

Avec minutie, Thomas Litti décortique la mécanique aveugle et si éloignée de l’humanisme médical de cette première année. Benjamin n’est pas dupe (se demandant si les capacités oculaires des reptiles n’offriraient pas de meilleurs résultats que celles des étudiants pour satisfaire aux exigences des QCM) mais il sait parfaitement s’adapter aux exigences mémorielles qu’on lui impose. Antoine n’a pas ces facilités et n’est sauvé que par sa détermination et son obstination. Mais ensemble, après avoir mis en place un véritable plan de bataille, redessinant toute leur existence à travers le prisme de ce concours, ils parviennent par un sourire échangé au-dessus des milliers d’anonyme à briser le sentiment d’un triste abattage dans une salle sans fin d’un hangar de Villepinte.

Film initiatique

Car, sans oublier l’existence des contrastes sociaux et des différences entre les êtres, Première année est un film sur l’amitié, sur les bourrasques qu’elle doit traverser dans un univers aussi concurrentiel et éprouvant qu’une première année de médecine. C’est un film sur ces rencontres qui transforment vos existences et auxquelles on ne saurait résister. Un film initiatique, au-delà du décor de la première année de médecine.

Cinéma : Première année, de Thomas Litti, 12 septembre, 1h32

Aurélie Haroche

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