Et les aveugles…

Paris, le samedi 7 janvier 2017 – La cécité est une métaphore narrative très fréquente pour figurer le trouble d’un personnage et tout en même temps sa volonté d’accéder à la vérité. C’est exactement son emploi dans le roman d’Ingrid Desjours qui s’est imposée ces dernières années comme un maître du thriller.  La prunelle de ses yeux raconte la rencontre entre Maya et Gabriel. Le cinquantenaire souffre de cécité et cherche un guide pour l’aider à visiter l’Irlande et la jeune étudiante paraît la jeune fille idéale. Mais la vérité est bien plus sombre. La cécité de Gabriel n’est pas un accident lié au hasard, il souffre de cécité de conversion depuis la mort de son fils, un jeune journaliste qui s’était infiltré dans une école de commerce pour en dénoncer les usages et les bizutages, une école de commerce à laquelle Maya n’est pas totalement étrangère. Avec sa plume si acérée et sa déconstruction chirurgicale de la psychologie humaine, Ingrid Desjours est notre guide dans cette histoire où les yeux doivent s’ouvrir sur la vérité.

Scruter

Qui de Victor ou de Marie est le guide de l’autre ? Difficile à savoir. Si c’est Marie la jeune fille en train de plonger dans l’obscurité, c’est elle qui la première offre son aide à son jeune camarade Victor qui connaît bien des difficultés à l’école. Un pacte se crée alors entre la petite fille et son fidèle serviteur : s’il tait le handicap naissant de Marie, elle l’aidera dans tous ses devoirs. Le film de Michel Boujenah est une adaptation touchante du roman de Pascal Ruter, Le cœur en braille. « J'aime l'idée que les enfants donnent des leçons de vie aux adultes. Ces derniers ont tort de les regarder comme des petits et non comme de grandes personnes. L'amour à 12 ans ou à 60, c'est toujours aussi fort. Et puis ça m'intéressait de montrer que ce n'est pas forcément l'aveugle qui voit le moins bien. Dans ce film, tout le monde est aveugle : le père de Marie (joué par Charles Berling), son entourage… Elle, elle voit clair parce qu'elle a la passion de la musique et parce qu'elle fait fi de l'incompréhension des autres » analyse l’humoriste passé derrière la caméra.

Dévoiler

De la même manière que la célèbre maxime "l’amour rend aveugle" pourrait être un des fils du thème de Boujenah, elle pourrait également souligner de manière un peu ironique le dernier opus d’Axelle Ropert. Dans son troisième film, La Prunelle de mes yeux, deux jeunes parisiens qui paraissent se vouer une profonde inimitié vont bientôt voir naître des sentiments troublants. Voir, bien que la jeune femme soit aveugle et que pour l’agacer d’abord, puis pour se fondre dans le quotidien de la belle, son alter ego va feindre d’être lui aussi victime de cécité. Un film léger et plein de fantaisie qui se laisse regarder.

Roman : La Prunelle de ses yeux, d’Ingrid Desjours, Robert Laffont, 20 euros, 320 pages
Cinéma :
Le cœur en braille, de Michel Boujenah, 28 décembre, 1h25
La Prunelle de mes yeux, d’Axelle Ropert, 21 décembre, 1h30

Aurélie Haroche

Copyright © http://www.jim.fr

Réagir

Vos réactions

Soyez le premier à réagir !

Les réactions aux articles sont réservées aux professionnels de santé inscrits
Elles ne seront publiées sur le site qu’après modération par la rédaction (avec un délai de quelques heures à 48 heures). Sauf exception, les réactions sont publiées avec la signature de leur auteur.

Réagir à cet article