Fondamentaux

Paris, le samedi 22 mars 2014 – Ne perdons pas de vue l’essentiel. Si dans notre monde égarer un téléphone, perdre sa connexion internet, rater un train prend parfois des allures de catastrophe, nous sommes en réalité bien loin de ce qui constitue les « fondamentaux » de nos vies, de nos êtres. Comme aux temps éloignés, ils se résument encore en quelques mots : manger, voir, se défendre… et peut-être créer. Manger, tout simplement à sa faim. Ne pas sentir tout son corps tiraillé, anéanti par le manque. Comment faire pour nourrir tous ces êtres, alors que le monde compte 220 000 bouches à nourrir de plus chaque année et tandis que près d’un milliard de personnes sur la planète souffrent encore de la faim. C’est la question que pose la soirée thématique proposée par Arte ce mardi 25 mars, à travers notamment un reportage simplement intitulé « Nourrir à tous prix ».

« Regarder n’est pas une affaire de réflexion, mais d’effraction »

Nourrir son corps d’abord et ensuite nourrir son regard, pouvoir prendre possession du monde grâce à ses yeux. Des milliers d’aveugles sont privés de cette essence fondamentale. Doivent-ils pourtant être privés de la possibilité de découvrir les histoires parfois fantastiques, parfois sans intérêt qui foisonnent au cinéma. Depuis longtemps, l’association Valentin Haüy a clairement répondu à cette question : en mettant au point il y a 25 ans le système de l’audiodescription, elle a souhaité contribuer à l’accessibilité des personnes aveugles au cinéma. Le Festival du film Audiovision Valentin Haüy, organisé à Paris depuis le 19 mars et jusqu’au 1er avril doit démontrer que le cinéma n’est pas uniquement un art visuel, mais également narratif et rappeler le retard de la France en ce qui concerne l’adaptation de ses salles de cinéma, puisque moins de 1 % d’entre elles sont équipées pour diffuser des films en audiodescription.

« L’apocalypse qui couve »

Souvent, ces « fondamentaux » que le tourbillon de la vie nous masque réapparaissent avec la brutalité de la guerre. C’est ce que confirme parfaitement le long dialogue entre Morlac, le héros de la guerre emprisonné et Lantier du Grez, le juge arrivé dans un petit village du Berry pour comprendre son histoire. Dans son dernier roman, « Le Collier rouge », le docteur Jean-Christophe Ruffin nous propose une réflexion inversée sur ce qui fonde l’humanité. La description de la boucherie que fut la première guerre mondiale par Morlac rappelle en effet combien il est facile à l’homme de rompre avec ce qui devrait lui tenir lieu d’essence. Le livre est également une dissertation sur la fidélité (un autre fondamental ?), à travers le personnage central du chien au collier rouge, qui hurle devant la prison où a été enfermé son maître, dont le « crime » est à découvrir grâce à la lecture du livre.

« Van Gogh n’était pas fou, mais ses peintures étaient des feux grégeois »

Le roman de Jean-Christophe Ruffin fait également du « livre », de la création littéraire, un élément fondamental. La « création », cette essence qui permet de dépasser sa folie, qui permet de s’émanciper du carcan des asiles, est également au cœur de l’exposition proposée par le Musée d’Orsay « Van Gogh, le suicidé de la société ». Il s’agit d’un parallèle saisissant entre les lignes de l’écrivain Antonin Artaud, qui passa de très nombreuses années de sa vie en hôpital psychiatrique (et qui y expérimenta les électrochocs) et Vincent Van Gogh dont les troubles psychiatriques sont également bien connus. Le dialogue entre les dessins du peintre et les mots de l’écrivain offre un nouveau regard sur l’œuvre du génial artiste. Pas loin d’être fondamental.

 

Télévision:
Arte : « Nourrir à tous prix », le mardi 25 mars, 20h40.

Cinéma :
« Cinquième festival Audiovision Valentin Haüy », du mercredi 19 mars au 1er avril, Cinéma UGC Gobelins, avenue de Gobelins, 75013 Paris.

Roman :
« Le collier rouge », de Jean-Christophe Rufin, Gallimard, 160 pages, 15,90 euros.

Exposition :
« Van Gogh, le suicidé de la société », Musée d’Orsay, 1, rue de la Légion d’honneur, 75007 Paris, jusqu’au 6 juillet

 

Aurélie Haroche

Référence
Les intertitres sont des extraits des textes d’Antonin Artaud présentés à l’exposition proposée par le Musée d’Orsay

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