Girl, une adolescente (presque) ordinaire

Paris, le samedi 20 octobre 2018 – Girl, premier film du réalisateur belge Lukas Dhont, nous raconte le parcours de Lara, jeune adolescente de 16 ans qui souhaite devenir danseuse étoile. Mais Lara n’est pas une adolescente comme les autres : elle est née homme et suit un traitement hormonal de réassignation sexuelle.

Lorsque Girl a reçu à Cannes la Caméra d’Or récompensant le meilleur premier film, on aurait pu craindre, vu le contexte actuel, que les festivaliers avaient plus récompensé un acte militant qu’une véritable œuvre artistique. Il n’en est rien : Girl est un vrai grand film de cinéma, qui parvient largement à dépasser son sujet difficile. Lukas Dhont parvient à nous immerger dans le quotidien de Lara, grâce à une réalisation sobre et épurée et surtout grâce à des acteurs de talents. L’acteur principal Victor Polster, lui-même danseur, parvient totalement à s’effacer derrière le personnage de Lara et a bien mérité son prix d’interprétation (non genré) de la section Un certain regard. Mention spéciale également à Arieh Worthaler, parfait en père inquiet et protecteur.

Ni pathos ni militantisme

L’une des forces du film de Lukas Dhont est de nous montrer Lara à un moment de sa vie où sa transition sexuelle est déjà entamée. Lara nous est présentée comme une femme, son identité sexuelle semble évidente et les rares fois où sa masculinité nous est rappelé nous marquent donc d’autant plus. Car Girl est avant tout un film sur une adolescente presque ordinaire, mais dont les problèmes sont décuplés par sa situation particulière. Comme toutes les jeunes femmes, Lara vit ses premiers émois amoureux, se dispute avec son père et surtout recherche son identité et essaye de maitriser son corps. Un corps dénudé, blessé, transformé, mutilé, qui est l’obsession de Lara et donc du film.

On pourra regretter une narration quelque peu répétitive, les consultations chez le psychiatre et les scènes de danse se succédant sans parfois apporter grand-chose au récit. Mais pas de quoi altérer la force émotionnelle du film. Avec ce sujet sensible, Lukas Dhont aurait pu verser dans le pathos et le militantisme maladroit, il nous livre au contraire un beau film sur l’adolescence, sur le combat entre l’esprit et le corps, sur une jeune fille pleine d’espoir qui tente de maitriser un corps récalcitrant jusqu’à commettre l’irréparable. 

Quentin Haroche

Référence
Girl, de Lukas Dhont, sortie le 10 octobre, 1h45

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