Grinçant

Paris, le samedi 24 décembre 2016 – Certains ne se posent pas la question de savoir si l’on peut rire de tout. Ils rient d’abord d’eux-mêmes. Afin de démontrer à quel point les autres ont tort de leurs regards détournés, de leurs réticences et de leur gêne. Un humour grinçant se prête ainsi particulièrement bien à l’évocation de la différence comme le révèle par exemple avec brio Krystoff Fluder dans son spectacle au titre décalé mais révélateur « Oui, je suis noir, et alors ? ». En réalité Krystoff n’est pas noir, mais ne dépasse pas 1m23. Dans son spectacle, il met en scène de manière drolatique les quiproquos, les maladresses et les obstacles qui se sont dressés sur son chemin, sans oublier toujours de les balayer grâce à un jeu de mot, une astuce ou une mimique. On rit ainsi avec plaisir en l’entendant raconter sa vie sentimentale  - « Si j’ai 39 ans et que je suis célibataire, c’est par choix… enfin celui des femmes » - croquer des personnages plus vrai que nature (la belle mère qui s’excuse de ne pas avoir acheté des verres miniatures) et des situations scabreuses. Pas d’apitoiement sur son sort, pas de leçon grandiloquente, mais une volonté certaine de faire dépasser à beaucoup leurs appréhensions et idées reçues.

A payer

C’est le même état d’esprit qui anime un humoriste plus connu que Krystoff Fluder, qui donnera la semaine prochaine ses dernières représentations parisiennes avant de partir en tournée dans toute la France : Guillaume Bats. Le comédien atteint d’ostéogénèse imparfaite, révélé par une émission de casting animée par Laurent Ruquier, offre dans son dernier spectacle une nouvelle démonstration de son talent et de son énergie. Ici aussi, l’humour toujours grinçant est d’abord dirigé contre soi-même, avant que les piques ne se répercutent sur certains travers de la société. D’ailleurs, son entrée en scène est révélatrice : « Quand je pense que certains d’entre vous ont des handicapés dans leur famille et que vous n’allez jamais les voir. Alors payer pour en voir un qu’on connaît pas, c’était pas gagné… ». Mais ses sujets de prédilection ne se limitent pas seulement au handicap, ils concernent aussi la religion, les attentats ou encore l’IVG… sans oublier quelques touches d’émotion à travers l’interprétation d’une chanson de Fernandel, intitulée « Les Gens riaient ».

Impayable

Grand frère spirituel de Krystoff Fluder et de Guillaume Bats, Philippe Croizon s’essaye au cinéma dans le film « Les têtes de l’emploi » sorti le mois dernier. Dans cette comédie, celui qui s’est fait connaître en traversant la Manche à la nage, bien qu’amputé des quatre membres, interprète un chômeur à la recherche d’emploi auxquels un trio de recruteurs offre un poste improbable de manutentionnaire. Comédie grinçante servie par des acteurs talentueux (Elsa Zylberstein, François-Xavier Demaison et Franck Dubosc), les Têtes de l’emploi met en scène trois employés modèles de Pôle emploi, menacés d’être remerciés en raison de leur trop grande efficacité ! Aussi pour sauver leur tête, vont-ils s’ingénier à créer du chômage en plaçant des candidats improbables à des postes peu adaptés à eux, dont des personnes atteintes de maladies rares ou des handicapés… qui finalement ne se révèlent pas toujours aussi dépassés qu’on pouvait le redouter. « Le monde du travail a peur du handicap ou de la différence alors qu'elle s'avère souvent constructive », ont voulu entre autres démontrer les réalisateurs Alexandre Charlot et Franck Magnier.

Aurélie Haroche

Références
Spectacle : Krystoff Fluder, « Oui, je suis noir et alors… », Apollo théâtre, 18 Rue du Faubourg du Temple, 75011 Paris, jusqu’au 28 décembre (probables prolongations)
Guillaume Bats, « Hors cadre », Théâtre Trévise (14, rue Trévise, 75009 Paris), jusqu’au 27 décembre, puis en tournée dans toute la France
Cinéma : Les têtes de l’emploi, d’Alexandre Charlot et Franck Magnier, sortie le 16 novembre, 1h30

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