Hippocrate dans l’enfer des camps de concentration

Strasbourg, le samedi 6 octobre 2018 – Certains affirment que quels que soient les chemins qu’il peut emprunter dans son existence, celui qui est médecin le demeure quoiqu’il arrive. Mais quel médecin peut-on être quand on vous interdit de pratiquer votre métier ou quand on vous jette à cause de vos origines ou de vos convictions politiques dans le pire des enfermements ?

Questions fondamentales

Cette question est le fil conducteur de l’exposition proposée depuis le 15 septembre et jusqu’au 15 juin prochain sur le site de l’ancien camp de concentration nazi de Natzweiler-Struthof par le Centre européen du résistant déporté. Alors que documentaires et manifestations autour de la participation des médecins aux expérimentations nazis ont été nombreux, plus rares ont été les contributions pour mieux connaître les réactions des médecins victimes des camps. Pourtant, comme le remarque la directrice du Centre européen du résistant déporté, Frédérique Neau-Dufour cette situation soulève « des questions fondamentales : que peut faire un médecin dans un camp ? Que signifie exercer la médecine alors que la mort règne ? ».

Un privilège cruel

De 1941 à 1945, 96 médecins et 24 étudiants en médecine, en raison de leur religion ou de leur appartenance à des groupes de résistance ont été déportés au camp de Natzweiler (et dans ses annexes). Si être médecin n’offrait pas en soi la possibilité d’accéder à un traitement de faveur particulier, leur profession leur permettait cependant souvent d’être dirigés vers des tâches moins pénibles physiquement que celles réservées aux autres prisonniers. Néanmoins, envoyés dans les infirmeries des camps, ils ont été contraints d’assister les bourreaux allemands dans leurs expériences indignes. Mais ils ont également pu dans de nombreuses circonstances apporter un peu de réconfort, voire des soins à leurs compagnons d’infortune.

Hommage

L’exposition Hippocrate dans les camps de concentration retrace le parcours de sept praticiens envoyés à Natzweiler-Struthof. Déportés pour des raisons politiques, ces praticiens n’ont pas été les cibles de l’extermination visant les juifs. Mais ils ont souffert des violences, humiliations et privations. Ceux qui ont survécu ont souvent consacré la suite de leur existence à l’accompagnement des anciens déportés, notamment en livrant leurs témoignages. Ces derniers constituent le matériel principal de l’exposition, également illustrée par les œuvres d’Edouard Steegmann et d’Angélique Bègue.

Revenant sur les traitements de fortune que tentaient certains médecins (comme l’utilisation du charbon contre la dysenterie), sur leurs dilemmes moraux, sur les risques qu’ils prirent, cette manifestation inédite en France « rend hommage à ces médecins de l’impossible, sans masquer pour autant les ambiguïtés qui animèrent certains d’entre eux » décrit le Centre européen du résistant déporté.

Au nom d’Hippocrate, Centre européen du résistant déporté, Site de l’ancien camp de concentration de Natzweiler-Struthof, Route départementale 130, 67130 Natzweiler, du 15 septembre au 15 juin 2019

Aurélie Haroche

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Vos réactions (1)

  • Les médecins dans les camps d'Hitler

    Le 06 octobre 2018

    L'exposition comme le film présenté sont remarquables. On apprend beaucoup de choses sur le fonctionnement des camps et on reste sans voix devant l'incommensurable bêtise des soi-disant "recherches scientifiques" des suppôts du nazisme, et on est moralement consolé de voir que les médecins déportés ont fait leur devoir! Sans moyens d'ailleurs.

    Dr Astrid Wilk

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