Inattendu

Paris, le samedi 3 février 2018 – Même si la répétition n’est pas nécessairement le poison qu’on croit dans la création artistique et s’il faut se méfier du mantra de l’innovation, le décalage est souvent, dans une œuvre, ce qui aiguise la curiosité. Quand les artistes se placent là où on ne les attend pas, notre regard est ainsi irrémédiablement attiré. Ainsi, un écrivain comme Frédéric Beigbeder veut nous parler d’immortalité : on devine déjà la longue dissertation sur la peur de mourir, la transmission qui offre l’illusion d’atténuer la disparition assaisonnée de quelques considérations mystiques entre deux touches d’humour noir. Mais c’est un autre projet que nous offre le dernier opus de l’auteur Une vie sans fin. Si l’on peut s’attendre à retrouver ici les mêmes tiques habituels de l’écrivain fêtard, on découvre également des explications plutôt bien tournées sur différentes techniques dont on pourrait espérer si non l’immortalité au moins une vie plus longue et meilleure : la reprogrammation cellulaire, le clonage ou encore l’édition du génome. Ainsi, Frédéric Beigbeder nous plonge dans un univers qui ne lui est guère familier et révèle dans cet exercice un esprit pédagogique inespéré. Voilà une mutation inédite !

Brut

Ainsi, une exposition, proposée par le Musée Victor Hugo à Paris, veut nous parler de folie : on devine l’évocation d’Adèle, la fille de l’écrivain, demeurée internée dans un asile d’aliénés pendant une grande partie de sa vie. Mais si le sujet a déjà passionné l’illustre maison, il n’est pas aujourd’hui celui qui l’occupe. Jusqu’au 18 mars, Aux racines de l’art brut propose de façon moins attendu les collections de plusieurs spécialistes de la maladie mentale. Il s’agit d’œuvres réunies par le docteur William A. F Browne (1805-1882) qui en Ecosse travailla au sein du Crichton Royal Hospital, pionnier dans le domaine de l’art thérapie. Les productions de patients présentées côtoient les travaux collectés par le docteur Auguste Marie (1865-1934) qui intéressèrent notamment Jean Dubuffet pour leur lien avec l’Art Brut. Le visiteur admirera également les tableaux d’Adolf Wölfli, considéré comme « une figure tutélaire » de l’Art Brut, dont beaucoup font partie de la collection du docteur Walter Morgenthaler (1882-1932) directeur de l’asile de la Waldau. Enfin, plusieurs éléments de la collection mythique de l’hôpital psychiatrique de l’Université de Heidelberg, collection au sein de laquelle notamment les Nazis piochèrent des exemples de ce qu’ils considéraient comme de l’art dégénéré, sont présents dans cette exposition rare et saisissante.

Doux

Ainsi, un film voulant dénoncer les ravages du sucre : on devine un reportage où les entreprises de l’agro-alimentaire vont être mises au banc des accusés pour leurs stratégies de dissimulation. Si l’on n’y échappe pas tout à fait dans le documentaire australien Sugarland, on est également surpris de découvrir une approche à contre temps. Plutôt que de se priver de sucre, le réalisateur a choisi de changer son alimentation sans sucre ajouté et d’adopter les pratiques de la plupart des Australiens qui ingurgitent 160 grammes de sucre par jour. On en constate rapidement les conséquences ; soit une démonstration plus marquante peut-être que des dénonciations du marketing.

Roman : Frédéric Beigbeder, Une vie sans fin, Editions Grasset, 360 pages, 22 euros

Exposition : Aux racines de l’art brut, Musée Victor Hugo, 6, place des Vosges, 75004 Paris, jusqu’au 18 mars

Cinéma : Sugarland, de Damon Gameau, sortie 24 janvier 2018, 1h30

Aurélie Haroche

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