Jusqu’où ?

Paris, le samedi 10 décembre 2016 – La fin justifie-t-elle les moyens ? Est-il possible de changer le cours des choses ? Les médecins sont sans cesse confrontés à ces interrogations, qui irriguent également la réflexion des artistes. Est-ce parce que les hommes sont poussés par l’hybris grec qu’ils considèrent qu’ils ont nécessairement un rôle à jouer, une responsabilité ? Le père, médecin, d’Eliza veut changer le cours de la vie de sa fille, afin que son avenir s’échappe des lignes fermées de la Transylvanie où ils vivent. Aussi, va-t-il mettre tout son pouvoir en œuvre, notamment celui de praticien, afin de changer le fil des choses. Mais le destin lui échappe : d’abord il faut que sa fille obtienne son Baccalauréat (titre du film de Cristian Mungiu) et surtout sans cesse la fatalité (comme le viol subi par la jeune fille) semble lui intimer l’ordre de renoncer à son utopie. Jusqu’on peut-on aller pour changer le cours des choses ? Le désir absolu d’aider son enfant peut-il tout justifier ? Le film pose de manière vibrante ces questions essentielles et intemporelles. Il présente également la mécanique implacable d’un régime qui broie les êtres.

Pression capitale

L’entreprise pourrait également être un microcosme qui annihile les individualités, les transforme en machine. C’est ainsi qu’elle est présentée dans le film Carole Mathieu de Louis-Julien Petit portée par la performance d’Isabelle Adjani. L’actrice incarne avec sobriété mais force un médecin du travail confronté à la souffrance psychique des employés d’un call center. Quand un homme lui demande de l’aider à en finir, Carole Mathieu s’interroge sur son rôle, sa responsabilité, sur le sens donné à sa mission. Peut-on pour dénoncer un système pervers, pour honorer sa mission d’accompagner et de soigner les autres, tout accepter ? Ici, encore, des questionnements fondamentaux sont en jeu.

Oppression capitale

C’est une responsabilité plus individuelle, plus intérieure, que convoque le film d’horreur Oppression, avec pour figure centrale Naomi Watts. Cette pédopsychiatre dont l’enfant est très lourdement handicapé, qui ressent avec douleur cette impossibilité d’établir un véritable lien avec son fils, vit avec déchirement la disparition d’un de ses patients. Dans ses cauchemars, ses hallucinations, se lit toute sa culpabilité, son sentiment d’être responsable des catastrophes successives de son existence, ses interrogations constantes sur le sens. Au-delà des fantômes qui jalonnent le film d’horreur, des interrogations sur ce qui constitue notre chemin en tant que professionnel de santé, de parents, ou d’humain ne sont pas absentes de ce long métrage.

Cinéma :

Baccalauréat de Cristian Muni, 7 décembre 2016, 2h08

Carole Mathieu, de Louis-Julien Petit, 7 décembre 2016, 1h25

Oppression, de Farren Blackburn, 30 novembre 2016, 1h30

Aurélie Haroche

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