La fête est finie

Paris, le samedi 10 mars 2018 – Peut-être la maladie est cet instant où la fête se termine, où elle devient impossible. Pourtant, grimaçante, macabre, la maladie peut singer la fête, la transe. C’est ce que rappelle dans son nouveau roman historique Entrez dans la danse, Jean Teulé. Il revient sur cet épisode qui a fasciné tant les romanciers que les médecins, les historiens que les scientifiques : la danse de Saint Guy qui a terrassé en 1518 à Strasbourg des dizaines de personnes. Jean Teulé a été sidéré par cette histoire, par les mystérieuses explications qui ont été proposées et surtout par le désespoir qui s’est abattu sur la ville où les mères se mettaient à jeter leurs enfants dans le Rhin, voire à les manger. Le regard du romancier se porte d’une manière particulière sur cette maladie. « C’est une techno parade à la Renaissance. Une chenille géante, la première, la plus grande et la plus mortelle avec plus de 30 morts par jour. Il s’agissait ni plus ni moins, d’une "rave party", à l’image de celles organisées de nos jours, une transe collective née dans un contexte social particulièrement morose. Un roman historique qui parle aussi d’aujourd’hui » décrit Jean Teulé cité par le journal local metzois, La Semaine.

De Saint Guy à la peste moderne

De nombreuses maladies sont ainsi aussi captivantes pour leur spécificité biologique que pour leur histoire. C’est notamment le cas du Sida qui a été le centre de si nombreux romans et films et qui est aujourd’hui l’objet du témoignage de Lucie Hovhannessian. Dans Presque comme les autres, elle évoque la découverte de sa séropositivité à l’âge de 20 ans en juin 2012. Là encore, l’écriture permet de figer d’une manière particulière l’instant ou tout bascule. « Je me souviens de la fenêtre, d’une image représentant une voiture rouge et d’une larme glissant sur ma joue », raconte-t-elle, saisissant parfaitement comment dans ces instants tragiques, l’esprit se raccroche souvent aux détails les plus anodins et étrangers. Lucie s’intéresse également aux obstacles à la prévention. « Dans l’imaginaire collectif, le VIH est encore associé à une image de "pestiféré", de cet individu couvert de sarcomes de Kaposi des années 1980. Quand on a grandi en regardant des films comme Philadelphia ou 120 Battements par minute, c’est difficile de se dire que c’est le même virus à deux époques distinctes » commente-t-elle interrogée par l’Obs. Elle insiste en outre sur l’insouciance et le sentiment d’indestructibilité qui nous étreint à 20 ans. « Je ne juge pas, moi aussi j’ai eu 20 ans, je me suis crue indestructible. J’ai eu tort » commente-t-elle.

De la peste moderne à la vie

Pour Céleste et Sihem, le sentiment d’invincibilité était créé par la même substance qui les détruisait. Dans un récit également en partie autobiographique, la réalisatrice Marie Garel-Weiss, raconte dans La fête est finie le parcours de deux jeunes filles toxicomanes. On découvre notamment comment l’une des héroïnes, Céleste, parvient d’abord difficilement à s’adapter au centre de désintoxication où elle est envoyée et est désespérément nostalgique de sa vie festive. Sa rencontre avec Sihem contribuera à renforcer sa volonté de se battre contre la drogue ; mais cette amitié conduira elle aussi à une autre forme de dépendance. Par ses oscillations entre tendresse et dureté, entre espoir et rechute, le film de Marie-Garel Weiss offre un regard différent sur la toxicomanie au féminin, loin de certaines images d’Epinal restreignant l’usage de la drogue à des milieux très défavorisés ou à de situations difficiles. Ici, Céleste et Sihem sont des jeunes filles aimées par leur famille mais qui se sont perdues dans de mauvaises fêtes. Désormais finies. «  On devient vivant » quand on guérit explique en effet la réalisatrice.

Livre :

Jean Teulé, Entrez dans la danse, Julliard, 160 pages, 18,50 euros

Lucie Hovhannessian, Presque comme les autres, Robert Laffont, 324 pages, 21,70 euros

Cinéma :

La fête est finie, de Marie-Garel Weiss, 28 février, 1h33

Aurélie Haroche

Copyright © http://www.jim.fr

Réagir

Vos réactions

Soyez le premier à réagir !

Les réactions aux articles sont réservées aux professionnels de santé inscrits
Elles ne seront publiées sur le site qu’après modération par la rédaction (avec un délai de quelques heures à 48 heures). Sauf exception, les réactions sont publiées avec la signature de leur auteur.

Réagir à cet article