La folie dans tous ses états

Paris, le vendredi 14 mars 2014 – L’art et la folie entretiennent, il est à peine besoin de le rappeler, des liens troubles où se mélangent fascination, désir de rédemption et tentation de l’absolu. Le reportage proposé par France 5 mardi 18 mars, qui a bénéficié d’une bande annonce intrigante et saisissante, aspire, à la manière de certains films, à nous placer « Dans la peau d’un bipolaire ». Pas question ici de délire artistique, mais le véritable témoignage de malades, qui racontent comment ils ont sombré dans la "maniaco-dépression". Le documentaire a choisi de mettre en lumière une pathologie souvent méconnue et d’en révéler les conséquences sociales parfois graves.

Esprit es-tu là ?

Nous ne nous éloignons pas de la « dualité » que suppose les troubles bipolaires avec « Son épouse », film de Michel Spinosa, sorti sur les écrans cette semaine, mais nous basculons clairement dans la fiction. Catherine (Charlotte Gainsbourg) est toxicomane, sous traitement de substitution des opiacés depuis plusieurs années ; une maladie qu’elle a cachée à son époux Joseph (Yvan Attal). Alors que celui-ci souhaite avoir un enfant, Catherine, institutrice exilée en Inde, est retrouvée noyée. Joseph souhaite comprendre les circonstances dans lesquelles est morte sa femme : on lui affirme alors que l’esprit de Catherine a pris possession du corps d’une jeune Tamoule, Gracie. Le film, une sorte de thriller sentimental, est alors hanté tout à la fois par les ombres de la psychanalyse et le mythe de la possession ; mélange qui peut sans doute parfois perdre le spectateur, qui reste cependant happé par le talent des acteurs et par cette histoire originale.

Couleur es-tu là ?

L’Inde de « Son épouse » convoquait, parallèlement à la prise en charge moderne de la maladie mentale une imagerie fantasmagorique. On retrouve cette même oscillation dans « Blast : Pourvu que les bouddhistes se trompent » dernier tome du sombre polar dessiné de Manu Larcenet. Dans ce quatrième épisode où l’on retrouve l’inquiétant Polza Mancini, obèse en proie à la dépression, qui a vu sa vie peu à peu péricliter sous le poids de la maladie mentale, les aficionados retrouveront les cauchemars du héros, toujours hantés des mystérieuses icônes semblables aux statuts de l’île de Pâques. Surtout, ils seront encore fascinés par la noirceur du personnage que l’on retrouve ici accusé d’un crime, celui d’une jeune fille, et qui se débat plus que jamais avec ses démons et sa maladie. Le noir et blanc du dessin sert à merveille cette atmosphère où la torture psychologique est tout autant celle du « héros » que celle des spectateurs.

Amour es-tu là ?

Le spectacle « Histoire d’Amour » créé par la troupe de théâtre « Teatrocinema », à partir du roman éponyme de Régis Jauffret est également inspiré de la bande dessinée… et a également pour héros un personnage en proie à la maladie mentale. Il s’agit ici d’un sadique qui poursuit une jeune femme dans le métro, la viole, s’en éprend et parvient, à force de tortures mentales, à l’épouser. Comme souvent chez Régis Jauffret on retrouve le thème de la folie, de la perméable frontière entre bourreau et victime, de l’emprise mentale et de la responsabilité. Le tout est servi par une troupe créative que l’on a rencontrée sur plusieurs scènes de France et qui sera la semaine prochaine à Cavaillon.

Télévision : « Dans la peau d’un bipolaire », France 5, mardi 18 mars, 20 h 40.

Cinéma : « Son épouse », de Michel Spinosa, sortie le 12 mars 2014, 1 h 47.

Bande dessinée : « Blast : pourvu que les bouddhistes se trompent », Manu Larcenet, Editions Dargaud, 200 pages, 22,50 euros.

Théâtre : « Histoire d’amour », à partir d’un roman de Régis Jauffret, théâtre de Cavaillon, vendredi 21 mars, Rue du Languedoc, 84300 Cavaillon.

Aurélie Haroche

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