La psychiatrie, c’est du grand art !

Paris, le samedi 23 février 2019 – On ne vous refera pas le sempiternel couplet sur la réalité qui se nourrit de l’art et vice versa. Cependant, en composant ce numéro de JIM + largement dédié à la psychiatrie sous tous ses angles, nous avons trouvé de nombreux échos entre les sujets qui avaient retenu notre attention et la production cinématographique du moment (le cinéma renvoyant aujourd’hui autant aux séries qu’au grand écran, cela va sans dire !).

La manie de la science pas tout à fait fiction 

Nous évoquons ainsi dans notre rubrique High Tech comment une équipe de l’université canadienne Mc Gill travaille à l’élaboration d’un dispositif d’intelligence artificielle qui pourrait se révéler un outil d’aide au diagnostic et au choix du traitement face aux patients atteints de dépression. Si le projet suscite la curiosité, il n’est pas sans flirter avec la science-fiction. Ce ne sont pas les afficionados de la série Maniac, aujourd’hui uniquement visible sur le célèbre portail Netflix, qui s’opposeront à cette idée. Cette série créée par Patrick Somerville et réalisée par Cary Joji Fukunaga qui compte des acteurs d’exception (Emma Stone, Justin Theroux, Jonah Hill) met en scène deux jeunes adultes hospitalisés dans un institut psychiatrique devant participer à un essai pharmaceutique. Mais ce dernier est associé à un programme informatique, qui grâce à une savante interface cerveau-machine, doit permettre aux patients de remodeler leurs souvenirs afin d’en éviter les traumatismes. Si ce projet donne lieu à des scènes d’hallucinations et permet de nombreux rebondissements scénaristiques, ce n’est pas que sur le plan artistique que la série fascine mais également pour ses nombreuses considérations éthiques, à l’heure où de tels programmes ne rélèvent peut-être plus tout à fait de la science-fiction !

L’addiction à la tendresse

Pour David Sheff, imaginer que sa relation si profonde et si riche avec son fils puisse se muer en une incompréhensible détresse relevait également de la science-fiction. Pourtant, la drogue a bientôt balayé tout ce qui faisait la douceur de la vie de son fils Nic. Le combat de ce dernier et de l’ensemble de sa famille contre son addiction a été l’objet d’un livre à succès aux Etats-Unis qui par sa sincérité a suscité une grande émotion. L’adaptation cinématographique de Félix van Groeningen, porté par des acteurs incontournables (Steve Carell et Thimothée Chalamet) lui apporte une dimension supplémentaire. My beautiful Boy, sorti sur les écrans il y a deux semaines, est en effet une plongée minutieuse dans cette relation père fils, qui permet de parfaitement mesurer la menace ravageuse de la drogue et tout en même temps la force de la reconstruction.

L’obsession de la précision

Pour se construire, Lizzy Howell, notre héroïne de la semaine, a pour sa part pu compter sur son amour de la danse afin de dépasser ses souffrances. Elle n’a cependant pas échappé à de nombreuses discriminations. Cette marginalisation et ces railleries incessantes qui touchent la plupart des personnes atteintes de maladie mentale sont parfaitement dessinées par la série Czazy Ex Girlfriend actuellement diffusée sur Netflix et la chaîne Teva. Créée par Rachel Bloom et Aline Brosh Mckenna, cette série est loin d’être uniquement un feuilleton qui empreinte aux codes des comédies romantiques pour les détourner. Il est un témoignage précis sur les troubles obsessionnels, sur leur difficile diagnostic et leur longue prise en charge. Pour offrir une vision la plus précise possible, tout en conservant le fil romanesque de leur œuvre, les deux réalisatrices ont consulté des médecins pour construire leur attachant personnage principal, Rebecca (également interprétée par la talentueuse Rachel Bloom) !
La psychiatrie, c’est toujours du grand art !

 

Séries :

Maniac, https://www.netflix.com/fr/title/80124522
Crazy ex Girlfriend, https://www.netflix.com/fr/title/80066227


Cinéma :

My beautiful boy, de Félix van Groeningen, 6 février (2h01)

Aurélie Haroche

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