La vie rêvée

Paris, le samedi 30 novembre 2013 - C'est un instant fugitif du film. Ewa (interprétée par Marion Cotillard) ouvre son médaillon pour contempler la photographie de ses parents, pour puiser dans ce souvenir le courage nécessaire pour supporter le chemin singulier qu'à pris sa vie. Les deux silhouettes que l'on devine sont celles des grands parents du génial réalisateur James Gray qui signe avec « The Immigrant » un film talentueux qui a enthousiasmé la critique. À travers l'histoire d'Ewa, jeune polonaise débarquée à Ellis Island, qui comprend que le seul moyen de sauver sa sœur Magda, atteinte de tuberculose, de la quarantaine, est d'accepter le sombre marché de Bruno Weiss (Joaquin Phœnix), James Gray rappelle le brûlant rêve américain des millions d'immigrants arrivés pendant des décennies à New York. Contrainte de vendre ses charmes, Ewa ne connaît pas la vie et la liberté qu'elle avait imaginées. Les liens troubles avec le patron de cabaret, les oscillations entre la foi et le désespoir, la souffrance et la lutte donnent toute sa puissance au film.

Un classique décalé

Si Ewa, l'infirmière polonaise, devient malgré elle une femme de mauvaise vie, Sganarelle, le faquin prend malgré lui les habits du médecin. Jamais il n'aurait pu imaginer mener une telle vie, mais ses pirouettes font parfaitement illusion. Au théâtre de la Gaité Montparnasse se joue une nouvelle reprise du « Médecin malgré lui » de Molière. Le duo David Friszman et Frédéric d’Elia en propose une énième adaptation à la vie contemporaine en faisant de Sganarelle un petit receleur et un dealer, afin d’offrir à la comédie de Molière sur les apparences (et l’ignorance déguisée en savoir) le ton d’une fable sociale. Pas sûr que ce soit parfaitement le théâtre dont on rêve.

Un classique décodé

Dans « Le Code a changé », de Danièle Thompson, diffusé dimanche 1er décembre sur TF1, Patrick Bruel est un « vrai » médecin. Et s’il s’agit très probablement du métier dont il a rêvé toute sa vie, il se pose néanmoins des questions sur le sens de cette existence et sur celui de sa profession. Ces états d’âme valent quelques échanges savoureux avec sa femme, gynécologue, Marina Foïs. Au cours du dîner qui est au centre de ce film choral dont Danièle Thompson a depuis toujours le secret, Patrick Bruel s’interroge sur la difficulté, en tant que cancérologue, d’annoncer quotidiennement des désastres. « Si tu n’y arrives pas, tu ne fais pas ce métier », lance-t-il. « C’est peut-être une option », lui répond du tac au tac son épouse, avant de sourire : « On est décalé, car lui annonce les morts et moi les naissances ». On l’aura compris derrière la facétie, se cache une (petite) réflexion sur la façon dont on rêve sa vie, sa trace dans l’histoire et ses amours (car les infidélités jalonnent bien sûr cette comédie).

Une réflexion classique

Paul, le personnage principal du dernier film de Philippe Claudel, « Avant l’hiver », interprété par Daniel Auteuil, pourrait être le double triste de Patrick Bruel. Ici, l’interrogation sur le sens de son existence n’est en effet pas seulement suggérée mais est la trame entière du film. Tout semble avoir pourtant parfaitement réussi au neurochirurgien, qui exerce un métier passionnant, vit auprès d’une femme magnifique (Kristin Scott Thomas) et peut compter sur une solide amitié partagée avec Gérard (Richard Berry, un psychiatre). Mais sa rencontre avec Lou (Leïla Bekhti) et l’arrivée mystérieuse partout dans sa vie (à l’hôpital, au cabinet, chez lui) de bouquets de rose rouge vont suffire à fêler cette brillante assurance. Paul se penche au-dessus du vide pour contempler le sillon qu’a été sa vie, afin « avant l’hiver » de s’assurer que le chemin n’a pas été complètement vain.

Aurélie Haroche

Références
Cinéma : « The Immigrant », de James Gray, 27 novembre, 1h57.
« Avant l’hiver », de Philippe Claudel, 27 novembre, 1h42.

Théâtre : « Le médecin malgré lui », adaptation et mise en scène de David Friszman et Frédéric d’Elia, jusqu’au 3 janvier 2014, Théâtre de la Gaîté Montparnasse, 26, rue de la Gaîté, 75014 Paris.

Télévision : « Le Code a changé », TF1, dimanche 1er décembre, 20h50

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