L’art de la guerre

Paris, le samedi 28 avril 2017 – La guerre et les atrocités qu’elle charrie sont un thème éternel pour les artistes, qui trouvent dans le déferlement des violences un matériau inespéré pour leurs interrogations croisées sur l’humanité, la destinée, les intrications entre les histoires individuelles et la marche du monde. Le beau roman d’Oriane Jeancourt Galignani, Hadamar est à la croisée de toutes ces inspirations. Dans ce texte qui vient d’être salué par le prix de la Closerie des Lilas, on suit le parcours de Franck, journaliste et rescapé du camp de Dachau qui après la guerre part à la recherche de son fils Kasper, un adolescent fragile. Sa quête va l’amener à découvrir l’enfer d’Hadamar, citée médiévale allemande où ont péri 15 000 personnes handicapées et enfants, internés au sein de l’hôpital psychiatrique de la ville. Bouleversant et sans maniérisme, le texte met à jour la cruauté des crimes perpétrés dans les centres mis en place par les nazis pour éliminer les personnes souffrant de déficience ou troubles mentaux.

Balle dans le pied

Il n’était en outre guère difficile d’être assimilé à un être malade du temps des nazis. Ces derniers épinglèrent comme tel des dizaines d’artistes sous prétexte que leur art ne s’inscrivait pas dans les canons prédéfinis de l'art national-socialiste. Des centaines d’œuvre ont ainsi été pillées et exhibées durant une exposition inaugurée à Munich et qui a circulé durant quatre ans dans toute l’Allemagne. Il s’agissait de dénoncer "l’art dégénéré", l’art malade. L’ambiguïté profonde cependant de cette manifestation est que tout en se voulant dénonciatrice, elle offrait en réalité un échantillon inédit des œuvres les plus importantes et les plus symboliques de l’art moderne. Ce paradoxe a été rappelé de manière passionnante lors d’une série documentaire diffusée début avril sur France Culture et qui peut toujours être écoutée en podcast.

Balle dans le cœur

L’art dégénéré est l’illustration parfaite d’une confrontation entre le beau et l’horreur, entre l’art et la plus perverse cruauté. Lettres de la guerre, film d’Ivo M. Ferreira offre également un contraste bluffant entre les images de la guerre coloniale en Angola et les mots brûlants d’amour et de désir d’Antonio Lobo Antunes. Lettres de la guerre est en effet l’adaptation des missives envoyées par l’écrivain à sa femme entre 1971 et 1973 tandis qu’il servait comme médecin dans l’armée portugaise. Ainsi, les mots de douceur et de sensualité effleurent des scènes de soins, d’explosions et d’attaques, offrant un mélange saisissant, même si le caractère très contemplatif de l’œuvre amoindrit quelque peu la fièvre née de ce mélange.

Roman :

Hadamar, d’Oriane Jeancourt Galignani, Grasset, 288 pages, 19 euros

Radio :

L’art dégénéré, LSD, la série documentaire, France Culture, https://www.franceculture.fr/emissions/lsd-la-serie-documentaire/lart-degenere-14-lexposition

Cinéma :

Lettres de la guerre, d’Ivo M. Ferreira, 12 avril, 1h45

Aurélie Haroche

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