Le livre de ma mère

Paris, le samedi 15 avril 2017 – Les cris d’amour et de haine aux mères émaillent la littérature et le cinéma depuis des temps ancestraux. L’ambivalence entre la reconnaissance extrême et le désir d’émancipation, entre le désir de se fondre en elle et de la repousser, de la connaître et de la reconnaître ont hanté des générations d’artiste. Ce thème permet tout autant aux auteurs de mettre à nu leur plus profonde intimité et de créer un chemin universel vers les autres. Cette dualité se retrouve parfaitement dans Votre maman, pièce de Jean-Claude Grumberg reprise à l’Atelier à partir du 19 avril avec une brochette d’acteurs alléchante, Catherine Hiegel, Bruno Putzulu, Philippe Fretun et Paul Rias. Dans cette œuvre aux répliques ciselées où l’on retrouve l’humour percutant de l’auteur, nous sommes confrontés aux rencontres entre une mère et son fils dans une maison de retraite. Le texte interroge notre rapport à nos mères lorsque l’esprit de ces dernières s’envole. Que reste-t-il des douceurs échangées, de la confiance aveugle de l’enfant, des souvenirs pieusement conservés quand la vieillesse de l’être aimé s’installe ? Derrière les rires, ce sont ces questions ravageuses que soulève la pièce.

Duo

Le film inégal de Nicolas Bedos, Monsieur et Madame Adelman compose sur ce même thème. Ce couple est hanté par le vieillissement, le sien et celui de l’autre, et à plusieurs reprises la superposition des images de la jeunesse et de la vieillesse rappelle la difficulté de l’esprit à voir dans celui que l’on a aimé, celui qu’il est devenu. Dans cette chronique de la vie d’un couple pendant plus de quarante ans, on retrouve avec jubilation les séances de psychanalyse du personnage principal, Victor Adelman (Nicolas Bedos). Tout au long de sa vie, le psychiatre de Victor entendra patiemment les doléances et les angoisses de son patient, avant de se récriminer à l’aube de sa mort contre la banalité de ses souffrances. Le film offre également une réflexion sur la maternité. D’abord, en raison de l’ambivalence de Victor pour sa mère, qui souffre d’alcoolisme, qu’il tue en écrivant un livre au vitriol sur son addiction avant de se souvenir des délices de l’enfance. Puis avec la difficulté pour les parents et notamment pour la mère d’accepter et d’aimer un enfant handicapé mental, une vision cruelle qui tranche avec les messages habituels de dévouement et qui offre un  regard un peu décalé.

Duelle

Les mélanges constants entre l’amour et la haine habillent également le film peut-être trop lisse de Martin Provost, Sage Femme servi par un beau duo d’actrices, Catherine Deneuve et Catherine Frot. L’ancienne maîtresse du père de Catherine Frot, vient retrouver celle-ci, après l’avoir abandonné pendant des années, pour vieillir auprès d’elle. Celle dont la profession de sage-femme la pousse intimement à sublimer la maternité se révolte d’abord contre le retour de cette mère indigne de substitution dont le départ l’a tant blessé. Mais peu à peu, grâce notamment aux enseignements de sa profession qui lui rappelle  les nombreuses façons d’être mère, le lien se recrée entre les deux femmes, tant et si bien que l’on ne devine pas toujours qui est la mère de l’autre. 

Théâtre : Votre maman, de Jean-Claude Grumbert, à partir du 19 avril, Théâtre de l’Atelier, 1 place Charles Dullin, 75018 Paris

Cinéma :
Monsieur et Madame Ademan, de Nicolas Bedos, 8 mars, 2h
Sage femme, de Martin Provost, 22 mars, 1h57

Aurélie Haroche

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