Leçons

Paris, le samedi 4 février 2017 – Apprendre. Désire-t-on toujours autant apprendre ? A-t-on à apprendre de toutes les situations ?  Certaines leçons ne sont-elles pas vaines ? Le philosophe Ruwen Ogien était contre l’idée que la douleur physique portait un message, qu’elle était dotée d’un pouvoir rédempteur. Il refusait l’idéologie consistant à faire de la souffrance une voie vers une nouvelle connaissance de soi. Il considérait une telle vision comme hypocrite. Sur ce cheminement, la maladie l’a rattrapée. Un cancer du pancréas. Son projet a été totalement transformé. Non pas qu’il se soit rangé derrière l’avis de ceux sacralisant la souffrance, mais il a délesté les considérations philosophiques pour s’en tenir à une description brute des conséquences de la douleur et de la souffrance. Il a ensuite replongé dans les ouvrages des écrivains ayant côtoyé la maladie. De cette expérience, de cette prise de conscience de l’altérité singulière du corps, Ruwen Ogien a tiré un essai, tragi comique d’ailleurs, intitulé : « Mes mille et une nuits.  La maladie comme drame et comédie » !

Contagieux

Apprendre. Apprendre est le rôle des enfants. Qu’ils soient assoiffés de curiosité ou qu’ils soient contraints à un apprentissage opiniâtre. C’est plutôt à la curiosité que fait appel l’exposition proposée au Palais de la Découverte à Paris, intitulée Viral. Dédiée aux enfants comme aux adultes, cette manifestation invite à s’intéresser au phénomène de la contagion en s’intéressant tout autant aux virus, qu’aux rumeurs ou encore au fou rire. Enrichissante, l’exposition permet d’apprendre sans y prendre gare, comme une véritable maladie contagieuse !

Contagieux (bis)

Apprendre est souvent le rôle des enfants. Les enfants sont capables, silencieusement, de nous enseigner l’essentiel. C’est ce que rappelle avec délicatesse et douceur le film d’Anne-Dauphine Julliand, Et les Mistrals gagnants. Mère d’une petite fille atteinte de leucodystrophie métachromatique, morte avant d’avoir atteint l’âge de quatre ans, Anne-Dauphine Julliand avait livré un témoignage lumineux dans deux ouvrages remarqués Deux petits pas sur le sable mouillé et Une journée particulière. Tout en évoquant la douleur abyssale de la perte, Anne-Dauphine ne cessait de s’émerveiller sur ce que lui avait apporté l’existence de sa fille. « Si l’on ne peut pas ajouter des jours à la vie, on peut ajouter de la vie aux jours » est la leçon principale de cette expérience. Anne-Dauphine l’a à nouveau ressenti en allant à la rencontre de cinq enfants âgés de 6 à 9 ans, atteints de maladies incurables, mais qui demeurent des amoureux de la vie. Les messages de ces bambins qui en dépit de leurs passages récurrents à l’hôpital, rient, jouent, boudent sont lumineux. « Je pense qu’on peut être malade et heureux », énonce gravement l’un, quand une autre témoigne de sa lucidité tranquille : « Quand je serai morte, je ne serai plus malade ».

A voir pour en (a)prendre de la graine. 

Essai : Ruwen Ogien, Mes mille et une nuits. La maladie comme drame et comme comédie, Albin Michel, 256 p., 19 euros

Exposition : Viral, Palais de la découverte, Avenue Franklin Delano Roosevelt, 75008 Paris, jusqu’au 27 août 2017

Cinéma : Et les Mistrals gagnants,  Anne-Dauphine Julliand, 1er février 2017, 1h19

Aurélie Haroche

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