L’obscur objet du désir

Paris, le vendredi 21 juillet 2017 – Le désir est-il une pulsion à laquelle on ne peut résister ? Le désir est-il un moteur qu’il faut assouvir sous peine de dépérir ? Et si la métaphore du zombie, qui a été utilisée pour servir de nombreux propos, notamment politiques, pouvait également être une interrogation sur le désir, l’impulsion et la maîtrise de soi. Cette trame se devine dans The Last Girl, oeuvre de Colm McCarthy que les amateurs de films de genre ont salué comme une tentative réussie et un renouveau bienvenu. L’héroïne est une enfant, Mélanie, qui bien qu’ayant été infectée par un agent pathogène, qui aurait dû la transformer en "zombie", se montre certes encline à dévorer son prochain mais continue également à ressentir et exprimer des émotions. Dès lors, Mélanie est la candidate idéale pour le développement d’un vaccin et ce n’est que comme un cobaye que la perçoivent la majorité des militaires qui la retiennent. Cependant, un jeune professeur, interprétée par Gemma Arterton, veut voir autre chose en elle et va la guider pour lui apprendre à mieux se maîtriser et à lutter contre l’agent pathogène qui pourrait prendre possession d’elle.

Ouvre les yeux

Ne pas devenir sa maladie et demeurer un être vibrant de désir, tel est également le fil ardent d’Ava, l’héroïne du premier film éponyme de Léa Mysius, présentée à la Semaine de la critique en juin. Adolescente âgée de 13 ans, Ava interprétée par l’impressionnante Noée Abita apprend qu’elle va devenir aveugle. Cette annonce pèse au-dessus d’un été brûlant, et menacé par l’arrivée d’un parti fasciste (non nommé) au pouvoir. Ava s’interroge : « Ava,  ça veut dire "je désire". Mais je désire quoi ? ». Entre la peur de l’obscurité et cette ligne de fin du monde, le désir de sexualité et d’amour et les liens complexes entre l’adolescente et sa mère (interprétée par Laure Calamy), Léa Mysius nous offre un film vibrant et tendu animé par une mise en scène intrigante et jouant sans cesse avec la lumière et la couleur.

Ouvre les yeux

Si les rapports mère/enfant sont approfondis dans le film de Léa Mysius (et qu’ils affleurent également dans The Last Girl), ils sont au cœur du premier long métrage du réalisateur franco-colombien, Jacques Toulemonde, intitulé Anna et d’ailleurs sous titré : Rien n’arrête l’amour d’une mère. Anna pourrait être une Mélanie ou une Ava ayant grandi et n’étant pas parvenu à se décider entre les plaisirs, le désir et la vie ordonnée et triste. Instable psychologiquement, probablement atteinte de troubles bipolaires, Anna se débat pour conserver la garde de son fils, mais le film, tout en clair obscur, révèle l’impossibilité d’un tel rêve en raison de la maladie de la jeune femme, parfaitement incarnée par Juana Acosta. 

 

Cinéma :

The Last Girl, de Colm McCarthy, 28 juin 2017 (1h52)
Ava, de Léa Mysius, 21 juin 2017 (1h45)
Anna, de Jacques Toulemonde, 5 juillet 2017 (1h37)

Aurélie Haroche

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