Mieux vaut en rire que d'en pleurer

Paris, le samedi 4 janvier 2013 – « Je me presse d'être obligé de rire de tout de peur d'être obligé d'en pleurer » lançait le Figaro de Beaumarchais. Nous sommes ainsi nombreux à tenter de masquer nos désastres, les désarrois de l’âme, sous la blessure d'un sourire, la légèreté appuyée d'un rire. Parfois, pourtant, la machine se détracte. On coupe le rire sous le pied ou on fait sourire malgré soi. Prenons « Don Jon », comédie sentimentale de et avec Joseph Gordon Levitt : à première vue, il n'y a ici pas matière à pleurer. Le héros collectionne les aventures amoureuses avant de rencontrer « ce qu'il a vu de plus beau dans sa vie », alias Scarlet Johanson, une midinette catholique férue de cinéma. Son « Don Jon » ne partage que partiellement sa passion puisqu'il est un amoureux des films classés X, ce qui lui vaudra quelques déboires avec sa belle. Heureusement tout est bien qui finit bien dans la joie et la bonne humeur et quelques scènes désopilantes (grâce notamment à la famille de Don Jon campée par Tony Danza et Julianne Moore). Pourquoi y voir matière à pleurer ? Quelques commentateurs ont cru bon d’utiliser ce film pour parler de la détresse des personnes souffrant d’hypersexualité, dont l’addiction pour la pornographie et la masturbation se révèle une menace pour leur couple. Pas de quoi rire !

L’autre nom de l’addiction sexuelle

On s’en doute dans le dernier film de Lars von Trier, « Nymphomaniac », le fondateur du « dogme » n’a pas choisi le parti de l’humour et de la facétie. Pourtant Charlotte Gainsbourg son héroïne qui raconte à Stellan Skarsgard sa vie de « péchés » a quelque ressemblance avec Don Jon. Elle se définit elle-même en effet comme une « nymphomane », ce que son groupe de parole corrige en « dépendante au sexe, nous disons dépendante au sexe ». Le film raconte la souffrance de cette femme qui ne parvient pas à déterminer si les nombreuses amours qu’elle a connues dans sa vie font d’elle une « trainée » comme lui lance une femme de son entourage ou juste une passionnée en quête d’extase. Le tout est dit avec une telle gravité que l’on se découvre parfois l’envie de sourire. Mais Charlotte Gainsbourg tance sèchement Stella Skarsgard : « Il n’y a pas de quoi sourire » !

Juste un prénom et une initiale

Y aura-t-il dans le prochain roman de Patrick Besson « Mémoires de Clara B. » dont la sortie est prévue dans quelques jours quelques scènes aussi lestes ? L’ouvrage n’est pas encore paru mais tant son résumé que son auteur à la plume toujours virulente offrent la promesse d’un moment où les rires et les grincements de dents se succéderont. Cette fausse autobiographie est écrite en 2060 par Clara B. ancienne top modèle et chanteuse qui atteinte de la maladie d’Alzheimer entreprend malgré sa mémoire qui flanche d’écrire ses mémoires. Comme souvent chez Patrick Besson, on devrait être dans la critique acerbe de notre époque pas toujours formidable, même si le sujet suggère également une évocation du gouffre de la vieillesse. Mais quoi qu’il en soit, il devrait y avoir derrière le rire de quoi également réfléchir !

Ne plus savoir jusqu’à son nom

La maladie d’Alzheimer, encore elle, est la pathologie dont souffre « Le Père », joué par Robert Hirsch dans la pièce de Florian Zeller qui est proposée jusqu’au début du mois de février au théâtre Hébertot. Du rire grinçant de Patrick Besson, nous passons aux larmes qui n’empêchent pas quelques sourires. Robert Hirsch est exceptionnel en homme odieux et jadis important qui voit peu à peu sa mémoire l’abandonner jusqu’à l’empêcher de savoir qui il est. Le texte de Florian Zeller aborde avec finesse les différents aspects de cette pathologie (notamment à travers les liens avec les proches) et plus généralement de la vieillesse. Décidemment, il n’y a pas toujours de quoi rire.

Aurélie Haroche

Références
Cinéma : « Don Jon » de Joseph Gordon-Levitt, sortie le 25 décembre, 1 h 30

« Nymphomaniac 1 », de Lars Von Trier, sortie le 1er janvier, 1 h 50

Roman : « Mémoires de Clara », de Patrick Besson, Plon, 17,90 euros

Théâtre : « Le Père », de Florian Zeller, Théâtre Hébertot, 78bis Boulevard des Batignolles, 75017 Paris, prolongation jusqu’au 2 février.

Copyright © http://www.jim.fr

Réagir

Vos réactions

Soyez le premier à réagir !

Les réactions aux articles sont réservées aux professionnels de santé inscrits
Elles ne seront publiées sur le site qu’après modération par la rédaction (avec un délai de quelques heures à 48 heures). Sauf exception, les réactions sont publiées avec la signature de leur auteur.

Réagir à cet article