Mille et un visages de la guerre

Paris, le samedi 19 novembre 2016 – Parce qu’elle est inatteignable, parce que les mots se heurtent aux images impossibles, parce que l’indicible est une frontière indépassable, la guerre est un thème qui hante la littérature et au-delà les artistes. Comment voir et dire la guerre ? Il y a la documentation froide. La tentation, peut-être vaine de la réalité historique. C’est celle qui s’expose jusqu’au 31 mars 2017 au Mémorial de Verdun et qui est consacrée aux Secours aux blessés et aux victimes de la Grande Guerre à nos jours. Des images de religieuses dans les hôpitaux de campagne du début du siècle à celles des équipements ultra sophistiqués embarqués dans des structures légères aujourd’hui c’est tout à la fois l’histoire du perfectionnement de la médecine et de celle des armes qui nous est raconté. L’exposition permet de mesurer le parallélisme entre la folie des bombes et le travail de plus en plus précis de mieux en mieux organisé des chirurgiens et des médecins.

Progresser malgré tout

A quelques centaines de kilomètres de là, l’exposition Panser les hommes : la médecine à l’épreuve de la Grande Guerre à Clermont Ferrand permet également de mesurer comment le terrible conflit de 14-18 a contribué à une amélioration sans précédent de différentes techniques médicales. Des documents d’archives (avec notamment des numéros de la revue le Paris médical qui a continué à paraître pendant le conflit) des photographies mais également de multiples objets rares font face à des témoignages de médecins, d’infirmiers et de soldats qui donnent une autre vie à ce travail précis d’historiens et de documentalistes.

Malgré elles

Cependant, en dépit de la richesse des éléments présentés, la guerre ne se livre pas parfaitement. L’horreur se dérobe encore : celle qui déchire les chairs comme celle qui arrache les cœurs. Pour tenter d’approcher la souffrance psychique de ceux qui ont traversé la guerre, on pourra un instant demeurer auprès de femmes oubliées, les malgré-elles. Il s’agit de ces milliers de femmes alsaciennes enrôlées de force dans le service du travail en Allemagne. Le magistrat Michel Turk consacre un livre, entre roman et enquête journalistique, sur l’une d’entre elles Marie-Louise. Le récit nous permet d’effleurer l’ambiguïté et la détresse de ceux dont on a voulu oublier le déchirement. Il se veut également un combat contre les idées préconçues à travers notamment le portrait de l’amie de Marie-Louise, une jeune femme allemande, médecin et anti-nazie, Ingrid, qui est pour l’écrivain le reflet de la complexité des visages de la guerre. Des guerres.

Exposition :

Secours aux blessés et aux victimes de la Grande Guerre à nos jours, Mémorial de Verdun, jusqu’au 31 mars 2017, 1, Avenue du Corps Européen, 55100 Fleury-devant-Douaumont

Panser les hommes : la médecine à l’épreuve de la Grande Guerre, Jusqu’au 9 décembre, Bibliothèque de santé, 28 Place Henri Dunant, 63000 Clermont-Ferrand

Roman :

Michel Turk, La vie «malgré elle» de Marie-Louise Sutter, Bière, Cabédita, 2016, 27

Aurélie Haroche

Copyright © http://www.jim.fr

Réagir

Vos réactions

Soyez le premier à réagir !

Les réactions aux articles sont réservées aux professionnels de santé inscrits
Elles ne seront publiées sur le site qu’après modération par la rédaction (avec un délai de quelques heures à 48 heures). Sauf exception, les réactions sont publiées avec la signature de leur auteur.

Réagir à cet article