Mon médecin, ce héros (ou pas)

Paris, le samedi 22 juin 2013 – Le sentiment est tenace depuis plusieurs années. Les médecins seraient définitivement descendus de leur piédestal. Il est bien loin le temps où les patients écoutaient avec révérence leurs recommandations, les remerciaient chaleureusement de leurs prescriptions, buvaient leurs ordonnances comme du petit lait. Aujourd’hui, plus autonome, le patient n’hésite pas à avoir des exigences, des suspicions, des revendications. On a beau se faire à cette évolution, la considérer même comme une avancée positive pour les malades et la médecine, il est des jours où l’on apprécierait un hommage tendre, une caresse appuyée. Alors pourra-t-on dévorer le dernier roman de Nicolas Vannier « Belle et Sébastien ». D’abord parce que pour beaucoup cet ouvrage signera un agréable retour en enfance puisqu’il est librement inspiré de l’œuvre de Cécile Aubry. Mais trente ans après avoir suivi les aventures de Sébastien et de son chien, on s’intéressera aujourd’hui plus certainement au destin de l’héroïque docteur Guillaume. Ayant transposé l’histoire aux temps de l’Occupation afin d’étoffer sa tension dramatique, Nicolas Vannier fait en effet du médecin de village un résistant qui met tout en œuvre pour aider des juifs à passer la frontière Suisse. S’ajoute une rivalité amoureuse avec le lieutenant allemand Peter Braun qui a parfois tendance à mettre au second plan la haine que le village porte à la brave Belle. Cependant, les deux intrigues finissent par se retrouver et sous la plume facile et légère de Nicolas Vannier ce roman d’aventures et d’héroïsme médical est un avant-goût des lectures de plage.

Idoles comme les autres

Mais plutôt que des héros manichéens de papier glacé, les médecins aspirent d’abord à être des héros dans le cœur de leurs patients. Il faudrait alors pouvoir lire le récit d’une rencontre exceptionnelle où le malade décrit sa reconnaissance intangible pour celui ou celle qui l’a sauvé. De telles pages se dégustent avec bonheur dans l’ouvrage de l’anthropologue Françoise Héritier, « Le Sel de la vie ». Dans ce qui peut être lu comme un petit manuel du bonheur au quotidien, Françoise Héritier, 80 ans, qui a succédé à Claude Levi-Strauss au Collège de France évoque le professeur Jean-Charles Piette «  cet exceptionnel médecin », spécialiste du lupus. « Depuis plus de trente ans il s'occupe de mon « cas », et au gré de cette longue relation de patient à « protecteur-réparateur », j'ai découvert un homme d'une très grande envergure, non seulement professionnelle mais aussi humaine, qui « donne » sans retenue à ses patients, jusqu'à les raccompagner personnellement à leur domicile lorsqu'il ne peut les recevoir avant 23 heures... Alors, quand il m'écrivit avoir « volé une semaine de vacances », mon sang ne fit qu'un tour. Il n'avait rien volé à personne, c'est au contraire nous, les malades, qui séquestrions son temps et le soustrayons au droit de goûter aux menus plaisirs de l'existence. Je me suis alors prise au jeu de réunir tous ceux qui jalonnaient ma propre vie et auxquels, par ma faute et celle des autres patients, il ne pouvait avoir accès » raconte-elle dans une interview accordée à La Tribune, donnant un aperçu du beau portrait qu’elle fait de son médecin dans son ouvrage consacré aux sensations qui font « le sel de la vie ».

Psychorigides comme les autres

Mais même dans les livres, dans les films, dans les témoignages, les médecins, les pharmaciens ne sont pas toujours des héros. Dans « Demi Sœur » dernier film de Josiane Balasko, Michel Blanc interprète un pharmacien psychorigide et irascible qui va devoir prendre en charge à son corps défendant sa demi-sœur, 60 ans, handicapée mentale. Bien sûr, la tendresse qui s’installe entre ces deux êtres qui ne s’étaient jamais connus offre au film une douce (mièvre ?) morale. Pour Michel Blanc, qui n’a jamais caché être un grand hypocondriaque, l’interprétation de ce pharmacien n’aura sans doute pas été difficile, tant sa fréquentation des officines est assidue. Mais, ses modèles sont souvent bien plus recommandables que son personnage : « Les pharmaciens que je connais sont absolument adorables », assure-t-il. Néanmoins, il se souvient de la réflexion d’un pharmacien à l’un de ses amis « victime » de ses mœurs légères : « Ce pharmacien qui regarde l'ordonnance lui dit : Ben dites donc, bravo. Mon pote dit : Cela peut arriver à tout le monde, et le pharmacien lui répond : Non monsieur, pas à tout le monde. C'était mon exemple pour ce film ! » a-t-il raconté à France-Info !

Faillibles comme les autres

De même, dans « Laurent » l’ouvrage que Valérie Fignon consacre aux derniers mois de la vie de son mari, le cycliste disparu à l’âge de 50 ans le 30 août 2010, l’épouse n’est pas toujours très tendre avec les praticiens. Dans ce jeu de questions/réponses avec le médecin cathodique Michel Cymes, elle raconte par exemple l’annonce brutale faite à Laurent de son cancer par téléphone (alors qu’il filait sur l’autoroute), les longues attentes avant la détermination du profil de la tumeur, l’impuissance des spécialistes face à l’évolution de la maladie. « Je comprends la colère de Valérie. Le patient voudrait voir le médecin tous les jours, avoir son scanner quotidien. Le médecin, lui, obéit au temps médical. Il a appris qu'une tumeur peut mettre des semaines à apparaître » analyse Michel Cymes. Mais derrière l’amertume, la souffrance, se cache une lueur de reconnaissance notamment pour les équipes de soins palliatifs qui ont permis à Laurent Fignon de partir sans douleur.

 

Livres :

« Belle et Sébastien », de Nicolas Vannier, éditions Xo, 374 pages, 19,90 euros
« Le sel de la vie », de Françoise Héritier, éditions Odile Jacob, 80 pages, 9,90 euros
« Laurent », entretiens entre Valérie Fignon, Michel Cymes et Patrice Romedenne, éditions Grasset, 400 pages, 19 pages

 

Film : « Demi-sœur », de Josiane Balasko, 5 juin 2012, 1h30

Aurélie Haroche

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