Oeuvres légendaires : le retour !

Paris, le samedi 11 janvier 2014 – Certains films, pièces ou romans acquièrent une dimension légendaire. Leurs noms traversent les âges, sont connus même de ceux qui ne les ont ni vus, ni applaudis, ni lus. Ainsi, il y a 25 ans, il a plu à l'auteur Jean-Noël Fenwick et au metteur en scène Gérard Caillaud de faire de Marie et Pierre Curie les héros d'une pièce de théâtre. « Les Palmes de Monsieur Schutz », reprise cet hiver au Théâtre Michel jusqu'au 30 mars raconte en effet la rencontre des deux scientifiques et leurs découvertes de la radioactivité de l’uranium et du radium. Pièce réjouissante d’une haute tenue dramaturgique et scientifique, les Palmes de Monsieur Schutz connut un destin hors du commun : d’abord boudée par le public, l’œuvre a été soutenue par de très nombreuses personnalités regrettant l’injustice rencontrée par ce spectacle d’une grande qualité. Cette entreprise finit par faire son œuvre et les Palmes de Monsieur Schutz s’offrirent alors un magnifique succès : elle fut jouée à guichets fermés à Paris et en province plus d’un millier de fois !

Einstein à la plage

De Marie Curie à Einstein, il n’y a qu’un bond ! Et « Einstein on the Beach » est un spectacle qui connut à l’instar des Palmes de Monsieur Schutz une destinée sans pareille. Opéra créé par le compositeur Philip Glass et le metteur en scène Robert Wilson, il représenta en effet un véritable choc lors de sa présentation au festival d’Avignon en 1976 en raison de sa déstructuration… mais aussi de son histoire peu banale. S’ils avaient choisi Einstein comme héros de leur ballet-opéra c’est parce que Philip Glass et Robert Wilson souhaitaient raconter l’histoire « d’un homme dont l’existence a bouleversé le sort de l’humanité » expliquait le second. Le « On the beach » renvoie à un roman d’anticipation de Nevil Shute. Et le tout avait été « scénarisé » par le livret signé entre autres de Christopher Knowles, jeune garçon d’une quinzaine d’années souffrant d’autisme, que le metteur en scène et chorégraphe avait rencontré à l’occasion de son travail avec des enfants handicapés. L’ensemble crée un opéra que beaucoup considèrent comme « mythique », voire génial. Deux dernières représentations sont données au Chatelet ce week-end les 11 et 12 janvier.

Shining dans le futur

Tenter un petit séjour parmi les œuvres cultes de ces dernières décennies invite inévitablement à se pencher sur « Shining » ! Stephen King a osé écrire une suite à son roman incontournable publié il y a 37 ans. Trente ans plus tard, Danny Torrance, le petit garçon de Shining, souffre du même vice que son père alcoolique. Dans « Docteur Sleep », la plume de Stephen King, ce maître du suspens et de l’horreur, raconte avec une belle précision les affres de l’alcoolisme et les tentatives de Danny pour s’en sortir. Mais son récit n’est pas uniquement centré sur la maladie de Danny. On y retrouve également de très mauvais génies : des vieillards en apparence bien sous tout rapport qui tentent de s’emparer des enfants qui comme Danny (et comme la jeune Abra) présentent un don entre télépathie et voyance. La confrontation entre ces différentes forces maléfiques donne lieu à quelques scènes horrifiques (et réjouissantes), pas tout à fait aussi géniales que « Shinning » mais qui ne nuisent en rien à sa réputation !

La souffrance dans l’espace

« A ciel ouvert », documentaire de Mariana Otero n’est pas une reprise ou une suite d’une œuvre culte proposée il y a quelques décennies. Mais gageons qu’il pourrait le devenir. Il s’agit en effet d’un très beau  film dans lequel Mariana Otero présente avec douceur et bienveillance des enfants qui jouent dans les couloirs du Courtil, une institution qui accueille des petits patients souffrant de psychose, se promènent dans un jardin, semblent vivre tranquillement. Il faut attendre quelques minutes avant de comprendre que peut-être ces enfants ne sont pas parfaitement comme les autres, que beaucoup sont même atteints de très graves troubles psychiques. La force de Mariana Otero et des éducateurs du Courtil est d’essayer, parallèlement aux thérapies médicamenteuses, d’offrir un répit à ces enfants, des stratagèmes pour éviter, aussi souvent que possible, les pièges de leurs TOC et autres souffrances. Et il y a des instants de grâce lorsque les enfants sont lâchés par leurs mauvais génies.

Aurélie Haroche

Références
Théâtre : « Les Palmes de Monsieur Schutz », de Jean-Noël Fenwick, Théâtre Michel, du 19 septembre au 30 mars, 38 rue des Mathurins, 75008 Paris
Opéra : « Einstein on the beach », de Philip Glass et Robert Wilson, le 11 janvier à 18h40 et le 12 janvier à 15h40, 2, rue Edouard Colonne, 75001 Paris
Livre : « Docteur Sleep », de Stephen King, Albin Michel, 600 pages, 25 euros
Cinéma : « A ciel ouvert », de Mariana Otero, 8 janvier 2014, 1h50

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Vos réactions (1)

  • Incroyable imposture (bis)

    Le 11 janvier 2014

    Pour faire écho à un autre titre de ce courrier se rapportant au 11 septembre, je ne vois pas d'autre titre pour cet article sur le film "A ciel ouvert". Que toute la presse intello et de gauche s'ébahisse sur ce beau film, soit. Question de culture, Lacan est toujours adulé. Mais bon. Ici nous sommes sur un site médical.
    Alors, le Courtil est dirigé par un éminent professeur spécialiste de l'autisme. Donc appelons les choses par leur nom : ces enfants sont autistes. D'ailleurs la psychose infantile existe-telle dans la CIM 10 ?
    D'autre part, ce même directeur médical (Belge) est profondément hostile aux méthodes psycho-éducatives préconisées par la HAS enFrance qui, dans ses recommandations de bonne pratique publiées en 2012 a classé la psychothérapie d'inspiration analytique comme inefficace et non-recommandée. Quant aux "thérapies médicamenteuses", malheureusement, elles sont bien plus souvent indiquées lorsqu'on pratique ce genre de thérapie que les méthodes "modernes"...
    Donc A ciel ouvert est un très beau film qui fait l'apologie d'un système où on refuse de diagnostiquer les enfants et où on les traite par des méthodes inefficaces. D'ailleurs, l'auteur oublie soigneusement de dire que ces mêmes enfants sont scolarisés et qu'en Belgique l'enseignement spécialisé est basé sur les méthodes recommandées, et qu'elle n'a filmé que 10 gamins sur 250.
    Prochainement paraîtra un vrai documentaire tourné avec des moyens beaucoup plus modestes, mais qui montrera comment, en France, on obtient des résultats bien différents avec des enfants correctement diagnostiqués (autisme en tant que trouble neuro-développemental).

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