Ou le triomphe de l’obsession

Paris, le vendredi 7 février 2014 – Plus encore peut-être que « Le Malade Imaginaire » et « Le Médecin malgré lui » de Molière, « Knock », l’excellente pièce de Jules Romains, est une inévitable référence pour les praticiens un tant soit peu lettrés. Qui en effet n’a jamais pensé en détectant une hypertension chez un patient ne se plaignant de rien que « tout bien portant est un malade qui s’ignore » ? Qui surtout n’a jamais eu envie de lancer à un malade peinant à vous décrire ses symptômes « Ca vous chatouille ou ça vous gratouille » ? Le Théâtre de l’Epée de Bois à Paris permet de retrouver en ce mois de février ces irrésistibles répliques et le personnage haut en couleur du docteur Knock. On pourra y redécouvrir que Knock n’est peut-être pas tant le « triomphe de la médecine » comme le clame son sous titre, mais peut-être plus encore « l’obsession de la médecine ». Jules Romains laisse en effet dans la bouche de Knock des répliques qui le montrent en véritable « obsessionnel » du symptôme et du diagnostic. « Que voulez-vous, cela se fait un peu malgré moi. Dès que je suis en présence de quelqu’un, je ne puis m’empêcher qu’un diagnostic s’ébauche en moi… même si c’est parfaitement inutile et hors de propos. A ce point que, depuis quelque temps, j’évite de me regarder dans la glace », confesse-t-il à son confrère Parpalaid.

Qu’est-ce qu’elle a ma gueule ?

Les héros de la bande dessinée « Gueule d’amour » évitent eux-aussi de se regarder dans la glace. Ils sont en effet des « gueules cassées ». Le bel ouvrage de Delphine Priet-Mahéo et Aurélien Ducoudray, paru il y a deux ans mais qui, centenaire du début de la Grande Guerre oblige, est plus que jamais d’actualité, retrace la destinée de ces soldats de 14/18 atrocement défigurés par obus et shrapnel . Certaines pages évoquent tout d’abord en quelque sorte le « triomphe de la médecine ». Sur l’une des planches, où le personnage apparaît fragmenté en six cases, on peut lire cette sombre prophétie : « Les médecins disent que (…) la seule chose qui fait mal c’est la cicatrisation ». Et c’est en effet la douleur de cette cicatrisation, sa douleur morale qui hante les pages. A cette souffrance s’ajoute une obsession, inébranlable : celle du sexe. Malgré leur apparence affreuse, malgré les doigts qui les désignent comme des monstres dans la rue, les soldats de « Gueule d’amour » sont obsédés par la recherche d’une femme, d’une caresse, d’un amour.

Mourir la gueule ouverte

Eros côtoyait déjà Tanatos dans « Gueule d’amour » et ce n’est plus que ce dernier que l’on affronte dans Killing Time, bande dessinée sortie récemment signée de Chris Evenhuis et Kid Toussaint. Véritable thriller, cet ouvrage sombre a pour « héros » Gyorgi Owens, un serial killer d’un genre un peu particulier, puisqu’il est infirmier et que ses victimes sont des personnes en « phase terminale » dont il affirme vouloir abréger les souffrances. Véritable « ange de la mort » partisan de l’euthanasie ou tueur à la noirceur abyssal ? Pour le découvrir il faut se plonger dans le dédalle obsédant de cette intrigue construite comme un puzzle et rejoindre la journaliste Isabelle Bauffays sur le fil de son enquête.

Un rêve qui se casse la gueule

L’univers étouffant de Chris Evenhuis et Kid Toussaint vous a laissé exsangue et vous aimeriez bien un peu de légèreté ? Vous la trouverez avec la comédie signée François Desagnat « Le Jeu de la Vérité », adaptation d’une pièce de théâtre de Philippe Lellouche qui a remporté un joli succès. Ici, Christian Vadim, Philippe Lellouche et David Brécourt sont trois copains potaches qui cachent une obsession commune : le souvenir d’une camarade d’école d’une beauté renversante. Mais lorsqu’ils retrouvent Vanessa Demouy, ils découvrent qu’elle est clouée dans un fauteuil roulant depuis un accident de voiture. La découverte de ce handicap va évidemment donner lieu à une remise en question des trois amis, à une recherche doucement obsédante de la vérité. Mais juste pour rire.

Aurélie Haroche

Références
Théâtre :
« Knock », de Jules Romains, du 4 au 23 février, théâtre de l’Epée de bois/Cartoucherie, Route du Champ de Manœuvres, 75012 Paris

Bande dessinée:
« Gueule d’amour », de Delphine Priet-Mahéo et Aurélien Ducoudray, collection Hors Champ, 112 pages, 19 euros

« Killing Time », de Chris Evenhuis et Kid Toussaint, édition Ankama, 13,90 euros, 80 pages

Cinéma :

« Le Jeu de la Vérité », de François Desagnat, sortie le 22 janvier 2014, 1h25

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