Parfum de femmes

Paris, le samedi 21 février 2015 – Des courbes, des sourires las, des lignes alanguies parcourent tous les tableaux du monde, effleurent les phrases des poètes, vagabondent devant les caméras. Les femmes demeurent souvent l’unique objet de ressentiment des artistes du monde entier… quand elles ne sont pas elles mêmes les créatrices de cette représentation à l’infini du « mystère » féminin. On ne voit ainsi pratiquement que des corps de femmes dans la magnifique exposition « La Toilette. Naissance de l’intime » proposée depuis quelques jours au Musée Marmottan à Paris. Georges Vigarello, commissaire de l’exposition l’explique facilement dans les colonnes du Figaro Magazine. « Les peintures illustrant la toilette font principalement figurer des femmes. Il y a trois raisons à cela : au XVIe siècle, la femme représente le beau sexe, le summum de la magnificence humaine. Sa beauté orne l’environnement, l’intérieur des appartements. Ensuite, les nobles représentées dans ses scènes sont les maîtresses du roi ou d'hommes importants. On se plaît à représenter sa maîtresse et à l’exposer, avec un corps qui répond aux canons de beauté de l’époque, qu’il soit ressemblant ou non au sien dans la réalité. Et puis, il y a une certaine part de voyeurisme dans le choix de ne représenter que des femmes à la toilette. À l’époque, la très grande majorité des peintres sont des hommes… » souligne-t-il. Ainsi, dans le sillage de la « Femme à la puce » où l’on retrouve la parfaite maîtrise du clair-obscur de Georges de la Tour, l’exposition permet de découvrir les évolutions et circonvolutions de la toilette. De moment public, elle est devenue une sacralisation de l’intime. Depuis les rites consacrées presque exclusivement à la beauté (notamment des cheveux) où l’eau, redoutée pour les maladies qu’elle pouvait transmettre, était quasiment totalement absente, la toilette s’est installée dans une multitude de gestes techniques et presque scientifiques comme le laisse deviner la présentation des salles de bains modernes à la fin de l’exposition.

Sortir des ombres 

A la manière des chefs d’œuvre que l’on peut découvrir au Musée Marmottan, les dessins d’Aloïse Corbaz campent pour beaucoup des femmes (même si quelques personnages historiques et des amants se retrouvent également). C’est ainsi que le Lille métropole musée d’art moderne, d’art contemporain et d’art brut (Le LaM) consacre une rétrospective à cette artiste suisse qui vécut à partir de l’âge de 28 ans internée dans l’asile de Cery, puis de Gimel, jusqu’à sa mort en 1964 à l’âge de 46 ans. Si Aloïse Corbaz, qui offre des toiles colorées et vives (après des débuts en noir et blanc), où la passion amoureuse est le premier sujet, vivait l’internement comme une descente  dans la nuit, ce sont cependant ses médecins et ses infirmières qui ont découvert ses talents et décider de mettre ses œuvres en lumière. On découvre par exemple, comme l’indique le journaliste spécialiste d’art Thierry Hay sur son blog, comment son psychiatre Hans Steck fut frappé en 1951 par les liens entre l’œuvre de sa patiente et celle de Chagall et comment c’est en partie grâce à la détermination de ses médecins qu’un an avant sa mort, Aloïse Corbaz, put voir pour la première fois ses œuvres exposées.

Sortir des ombres

Aloïse Corbaz fut sans doute la victime de ses démons amoureux: en raison de la condamnation de sa famille pour ses penchants pour des hommes interdits (un prêtre notamment !), mais aussi à cause des troubles mentaux qui s’emparèrent de son esprit au lendemain de déceptions passionnelles. Les désastres amoureux peuvent être plus cruels encore, plus sordidement ancrés dans la réalité. C’est ce que nous rappellera le documentaire diffusé sur France 5, mardi 24 février. Danièle Alet est allée à la rencontre de femmes manipulées par des hommes dominateurs, qui ont vu peu à peu leur vie basculer dans l’isolement, la violence et la souffrance. En collaboration avec des psychanalystes, elle revient sur les étapes de ce cercle vicieux qui font de certaines femmes des proies et évoque la difficulté de la reconnaissance de la violence psychologique.

Sortir des ombres

Mais les femmes ne sont pas seulement des objets de contemplation, des victimes de leur folie ou des hommes, elles sont et peuvent être les plus ardentes des héroïnes. Pédiatre et écrivain, l’américain Jacq Mayer revient dans son dernier roman sur le parcours de l’infirmière polonaise, Irena Sendler, qui sauva pendant la guerre 2 500 enfants juifs du ghetto de Varsovie où elle était autorisée à pénétrer en tant que travailleuse de la Croix Rouge. Jacq Mayer raconte comment la vie d’Irena Sendler fut découverte en 1999 par trois lycéennes d’une petite ville du Kansas qui décidèrent de la raconter dans une pièce de théâtre, baptisée « La vie en bocal »… en référence à l’idée d’Irena de consigner dans des petits bocaux les vrais noms des enfants qu’elle avait sauvés et de les enterrer dans des jardins de ses amis, pour que leur identité ne soit pas effacée par les ravages de la guerre.

 

Exposition :

« La toilette, naissance de l’intime », 12 février au 5 juillet, au Musée Marmottan, 2 Rue Louis Boilly, 75016 Paris
« Aloïse Corbaz en constellation », jusqu’au 10 mai 2015, au LaM, 1 Allée du Musée, 59650 Villeneuve-d'Ascq

Télévision : « Amours toxiques », France 5, mardi 24 février, à 21h45

Roman : « La Vie en bocal », de Jacq Mayer, Zdl Editions, 528 pages, 21,90 euros

Aurélie Haroche

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