Ressorts cachés

Paris, le samedi 20 mai 2017 – La littérature existerait-elle sans les secrets, les dissimulations, les non-dits ? Comment pourrait-elle faire œuvre de lumière si la transparence n’était pas une utopie, mais une réalité tranquille ? Comment pourrait-elle rechercher les raisons pour lesquelles on se tait, on masque, si tout était connu ? La question vous taraudera en lisant La Faute des autres, de la journaliste Emmanuelle Friedmann. Charles Whol est un jeune chirurgien militaire qui à la fin de la Première guerre mondiale doit secourir les derniers survivants d’un petit village de l’est de la France, défiguré par les bombardements. Il découvre, abandonnés de tous, deux petits garçons. Charles et son épouse Anne, infirmière, décident de recueillir les enfants. Dans le tumulte de la fin de la guerre, aucune question n’est posée sur cette parentalité soudaine. Le mensonge s’impose comme une évidence. Mais la tranquillité du médecin, qui a repris le cabinet de son père à Cabourg, va être brisée par l’arrivée d’un homme qui entreprend de faire chanter le couple en affirmant connaître la vérité sur leurs deux enfants. Le texte s’interroge sur le poison du mensonge mais aussi sur la possibilité du bonheur en dépit des irrégularités de l’existence et de la vérité.

D’une île… 

Le héros du roman de Louis-Philippe Dalembert, Avant que les ombres s’effacent, a également construit sa vie autour d’un secret. Ce médecin qui vit en Haïti est apprécié par tous et parfaitement intégré dans sa communauté. Au fil des décennies, les mémoires se sont effacées et les circonstances de son arrivée à Port-au-Prince ont été oubliées. Ruben prend bien soin de les laisser enfouies et les cache d’abord à sa propre famille. Mais un jour, le voyage sur l’île d’une jeune femme héritière de son ancienne existence va le forcer à rompre les digues. Ruben révèle comment, jeune médecin, il a fuit les camps de concentration et profité de l’accueil offert aux juifs par l’Etat haïtien. A travers cette histoire, Louis-Philippe Dalembert met en scène non seulement le secret d’un homme, mais rappelle également un épisode oublié de la vie haïtienne et de ce décret-loi de 1939 accordant la naturalisation immédiate à tous les juifs la demandant.

… à l’autre

Des plages de Cabourg à celles d’Haïti, la lecture peut nous promener jusqu’au sable de l’île de Groix où se déroule en partie Entre mes doigts coule le sable. Dans son deuxième roman, l’interne en neurologie Sophie Tal Men évoque l’histoire d’amour entre Marie-Lou (interne en psychiatrie) et Matthieu (interne en neurochirurgie). Ici, ce sont les mensonges que l’on se fait à soi-même, les sentiments que l’on refuse de s’avouer, les fautes qu’il est impossible de reconnaître qui constituent le rouage du roman. Le décor de cette histoire d’amour classique rappellera par ailleurs à ceux qui l’ont fréquenté combien l’hôpital peut tout à la fois être le lieu d’importantes rencontres humaines et professionnelles, mais aussi un implacable échafaudage qui annihile toute possibilité d’évasion, pourtant essentiel aux aventures de cœur.

Romans :

La Faute des autres, Emmanuelle Friedmann, Calmann-Levy, 288 pages, 18,90 euros

Avant que les ombres s’effacent, Louis-Philippe Dalembert, Sabine Wespieser éditions, 320 pages, 21 euros

Entre mes doigts coule le sable, Sophie Tal Men, Albin Michel, 304 pages, 18 euros

Aurélie Haroche

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