Rien à voir

Paris, le samedi 9 novembre - Mademoiselle Caroline est une illustratrice bien connue de la « blogosphère », catégorie « jeune maman dynamique ». Des anecdotes de sa vie quotidienne, entre activité en free lance et éducation de trois enfants (dont des jumeaux), elle a tiré plusieurs albums de bande dessinée assez savoureux, confirmant son talent pour transformer des histoires banales en véritables instants comiques. Son dernier opus tranche en partie avec cette ligne. « Dans Chute libre, carnets du gouffre » elle raconte en effet les différents épisodes de dépression qu'elle a traversés en six ans. Le témoignage est riche en émotions et en humour et ne passe sous silence quasiment aucun aspect de la maladie. Le dessin permet par ailleurs d'offrir une représentation presque matérielle de la douleur, l'errance, la sensation du vide, tandis que le jeu avec les couleurs met en relief une dimension apparemment prégnante pour la dessinatrice : le caractère le plus souvent invisible de la maladie pour les autres. Alors que de manière automatique le personnage continue à s'occuper de ses enfants, à travailler et à avancer, l'entourage ne voit pas que peu à peu, il glisse dans un gouffre « sans frein, sans fin, sans faim ».

Sans bandeau sur les yeux

Si la maladie de Mademoiselle Caroline paraissait invisible, le handicap des personnages d'« Imagine », troisième film d'Andrzej Jakimowski leur rend le monde invisible. « Imagine » aborde un sujet original : il s'agit de suivre l'apprentissage de jeunes aveugles, initiés à la méthode de l'écholocation (technique plébiscitée par certains et moquée par d'autres) qui consiste à se repérer dans l'espace à partir de l'écho renvoyé par les objets. Le film qui a pour héros un professeur d'orientation spatiale arrivé dans un institut pour jeunes aveugles de Lisbonne s'inspire en partie de la vie de Ben Underwood, américain victime d'un rétinoblastome à l'âge de 2 ans, mort à 16 ans des suites de ce cancer mais qui pendant sa courte vie, malgré sa cécité et grâce à l'écholocation parvint à faire du vélo, du roller ou encore du surf !

Sans masque sur le visage

Il y a dans le film d'Andrzej Jakimowski une obsession des apparences puisqu'une des élèves du professeur souhaite apprendre à marcher sans canne blanche afin que sa cécité ne puisse plus être vue. Dans « Le médecin de famille » de Lucia Puenzo , tiré de son propre roman « Wakolda » l'obsession de la perfection atteint son niveau le plus diabolique puisque le "héros" n'est autre que Josef Mengele. Sa proie est une enfant, à la beauté angélique, mais de petite taille. Infiltré au sein de sa famille, dans un coin perdu de Patagonie, sans que celle-ci ne soupçonne rien, le médecin des camps nazis va projeter de mener sur l'enfant des expériences destinées à lui faire gagner quelques centimètres. Le film tourne autour de l'aveuglement initial des parents, de la mère en particulier, dans une atmosphère asphyxiante.

Sans lunettes noires sous les spotlight

L'ambiance est beaucoup plus légère dans « Un château en Italie» dernier film de Valeria Bruni-Tedeshi. Ce qui transparaît à chaque image, ce sont les échos avec la vraie vie de la réalisatrice et actrice. Louis Garel qui interprète le compagnon de Louise, l'héroïne du film campée par Valeria Bruni Tedeshi, fut par exemple « dans la vie » celui de cette dernière. La mère de Louise est également jouée par la propre mère de l'actrice. On retrouve en outre l'évocation d'un frère qui meurt emporté par le sida. Mais parallèlement à ces échos, ces très nettes impressions de déjà vu, Valeria Bruni-Tedeschi a entraîné son couple de héros dans le parcours du combattant qu'est une fécondation on vitro. Pas de réminiscence de sa propre vie ici, mais la volonté de témoigner de la force que représente l'envie d'avoir un enfant pour faire face aux désordres de la mort (ici celle du frère). Par ailleurs, il n'est pas dans ce château en Italie d'allusion à une certaine Carla et à son mari. Ni vu, ni connu.

Aurélie Haroche

Références
Bande dessinée : « Chute libre - carnets du gouffre », Mademoiselle Caroline, Delcourt, 160 pages, 18,95 euros

Cinéma : « Imagine », de Andrzej Jakimowski, sortie le 23 octobre, 1h42

« Le médecin de famille », de Lucia Puenzo, sorti le 6 novembre, 1h33

« Un château en Italie », de Valéria Bruni-Tedeschi, sorti le 30 octobre, 1h44

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