Sans s'y attendre

Paris, le samedi 15 février 2014 - Beaucoup d'entre nous ont sans doute le sentiment que le quotidien s'écoule avec une monotonie de métronome. Pourtant, l'inattendu guette. Il prend souvent la couleur des catastrophes, grandes ou petites. Mais il peut aussi avoir la saveur de l'humour, du farfelu ou de la surprise. Bien sûr l'art sous toutes ses formes ne nous parle que de ces heures, ces rencontres, ces personnages auxquels on ne s’attend pas. S’il est une chose qui semble ne pas devoir changer pour les personnages de « La Porte à côté » (pièce signée de Fabrice Roger-Lacan) campés par Emmanuelle Devos et Edouard Baer, c’est la haine qu’ils se vouent l’un pour l’autre. Il faut dire que les deux voisins n’ont rien en commun.  Elle est une psychiatre un brin coincée. Lui est un vendeur de yaourt gentiment loufoque. Elle se rangerait plutôt du côté des intellectuels, tandis que lui a immédiatement été catalogué « beauf » par sa voisine peu amène. Les deux personnages pourtant attendent la même chose : une rencontre qu’ils cherchent tous les deux sur internet. Entre deux passes d’arme sur le pallier, occasion d’échanger quelques piques cinglantes et irrésistibles, ils se connectent sur les sites qui promettent l’amour. Faut-il croire que le lien qui ne les unit pas peut évoluer ? La fin de cette comédie est-elle attendue (mais inattendue pour les personnages) ? Réponse au théâtre Edouard VII.

En vélo

Si voir Emmanuelle Devos dans une pièce comique peut susciter quelque étonnement, le film d’animation « Tante Hilda » réserve bien d’autres surprises. Si en emmenant vos enfants ou petits enfants (vacances scolaires obligent !) voir ce dessin animé, vous vous attendez à une histoire classique pour jeunes spectateurs, vous risquez d’être si non déçu, tout au moins décontenancé. Premier coup de théâtre, « Tante Hilda », de Jacques-Rémy Girerd ne compte aucun personnage d’enfants ou d’animaux rigolos qui peuplent habituellement ce type d’œuvres. Surtout, le sujet détonne par rapport aux autres films du genre : Tante Hilda  (personnage haut en couleur, c’est le cas de le dire) part en effet en guerre contre une multinationale qui tente d’implanter un maïs génétiquement modifié qui se révèle être une plante monstrueuse. Le discours sur les OGM, inattendu, est parfaitement assumé par le réalisateur. Une polémique n’a pas manqué de naître : certains lui ont reproché de vouloir « convertir les enfants à l’idéologie anti-OGM ». Jacques-Rémy Girerd a rétorqué qu’il s’agissait de sensibiliser les enfants à un débat capital. Pour se faire une idée, il suffit depuis ce mercredi 12 février de pousser la porte de nombreuses salles de cinéma.

En train

Encore des dessins, avec le roman graphique « Alois Nebel » des auteurs tchèques Jaroslav Rufis et Jaromir 99, mais les couleurs ont disparu puisque Jaromir 99 travaille ici exclusivement avec les contrastes du noir et blanc. Une atmosphère qui colle parfaitement avec l’histoire d’Alois Nebel, cheminot tchèque, hanté par le traumatisme de la seconde guerre mondiale. Ce roman graphique paru en Tchéquie en 2011 et dont la traduction est disponible en France depuis ce 14 février nous invite à suivre le parcours inattendu d’Alois Nebel. Ses hallucinations, peuplées des fantômes de l’Armée Rouge ou d’Auschwitz le conduisent en effet en hôpital psychiatrique où il fait la rencontre improbable du « Muet ». C’est de manière surprenante à ce personnage sans parole, un Polonais profondément perturbé lui aussi par la guerre, qu’Alois Nebel va parvenir à se confier. Mais bientôt, « Le Muet » est brusquement retiré de l’asile par une mystérieuse police polonaise. Quel destin l’attend alors ? Alois Nebel retrouvera-t-il son compagnon ? C’est à lire et à voir dans le cadre d’une exposition dédiée à cet ouvrage au centre de la BD de Bruxelles.

A pied

Encore un hôpital psychiatrique, mais cette fois-ci en musique. Le collectif « Fauve » est la révélation musicale « inattendue » de cet hiver. Indépendants, refusant de donner des interviews à découvert, mais pas avares de commentaires, les membres de ce groupe ont sorti sous leur propre label l’album « Vieux frère ». On y retrouve quelques textes bien sentis, mis en scène de façon assez inattendue. Ainsi le clip « Sainte Anne » n’est qu’un long plan fixe sur la porte d’entrée du célèbre hôpital psychiatrique parisien. La chanson d’ailleurs porte bien son titre et le narrateur fait régulièrement appel à un « docteur » qu’il implore de l’aider. Sans doute ces chanteurs doivent-ils s’attendre à de nouveaux succès. En attendant, il ne reste qu’à écouter !

Aurélie Haroche

Références
Théâtre : « La Porte d’à côté », de Fabrice Roger-Lacan, du 31 janvier au 30 mars 2014, Théâtre Edouard VII, 10 place Edouard VII, 75009 Paris.
Film : « Tante Hilda », de Jacques-Rémy Girerd, 12 février, 1h29.
Roman graphique : « Alois Nebel », de Jaroslav Rufis et Jaromir 99, Presque Lune, 352 pages, 28 euros. La sortie de l’album est associée à l’exposition « Alois Nebel », du 18 février au 20 avril, Centre de la bande dessinée de Bruxelles, Rue des Sables 20, 1000 Bruxelles, Belgique
Musique : « Vieux frères », Fauve, Editeur « Fauve CORP ».

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