Selon toute ressemblance

Paris, le samedi 1er février 2014 – C’est un jeu d’enfant qui ne nous quitte jamais vraiment. Faire semblant, figurer être quelqu’un d’autre, traquer les ressemblances. On se soumet à ces jeux de miroir de bonne grâce, par la force des choses, ou bien contraint. Pour d’autres, ces tours de passe-passe sont promus au rang d’art. Que font d’autres les acteurs si ce n’est retrouver le code de ces amusements d’antan ? Avec le Malade Imaginaire, de Molière, l’entreprise est double puisque l’on joue un être qui fait semblant d’être malade (ou qui le croit) … sans peut-être s’en rendre parfaitement compte. La mise en scène proposée par Jean Liermier visible au théâtre de Carouge (en Suisse) jusqu’au 9 février accentue cette dimension enfantine et oscille entre vraisemblance et onirisme. Transposé dans un décor moderne (avec notamment la présence d’un lit médicalisé), Argan passe ainsi une grande partie de sa pièce vissée à un cabinet… qui disparaît et réapparait au gré du lever de sa canne, tandis que quelques monstres grotesques viennent hanter ses hallucinations. De la vraisemblance au fantastique, il n’est parfois qu’un pas.

Coup du sort

Si le Malade Imaginaire est souvent une performance d’acteur, le film « Dallas Buyers Club » sorti cette semaine en réserve également de spectaculaires. Dans cette œuvre de Jean-Marc Vallée qui retrace la vie (réelle) d’un cowboy séropositif au début des années 80, Matthew McConaughey qui campe Ron Woodroof et Jared Leto (qui incarne un travesti) ont poussé « l’art de faire semblant » à son paroxysme. Ils ne se sont en effet pas uniquement cantonnés à perdre plusieurs kilos pour se glisser dans les silhouettes de ces êtres jeunes décharnés par le Sida, mais ils ont également insufflé une véritable âme à leur personnage. Mais le jeu autour des vraisemblances ne s’arrête pas là : « Dallas Buyers Club » raconte en effet une histoire vraie, celle d’un fan de rodeo, homophobe et collectionnant les aventures qui va monter un « Club » pour permettre aux séropositifs d’accéder à des traitements non encore autorisés au Etats-Unis. Le film permet d’entrevoir la rigidité des autorités américaines de l’époque et le désespoir des ces milliers de jeunes séropositifs qui furent décimés par l’épidémie au début des années 80. Mais la vraisemblance a ceci de décalé avec la vérité que certains détails parfois lui échappent : c’est en effet au mépris de la réalité que le film affirme que l’AZT était un traitement totalement inefficace.

Coup d’essai, coup de maître

Sans évidemment être une autobiographie ou un autoportrait, il y a dans « Ressacs » premier polar très réussi d’un pharmacien de Villeneuve-d’Ascq, David-James Kennedy, des ressemblances certaines avec sa propre vie. Le praticien raconte d’ailleurs que le décor de son roman édité aux éditions du Fleuve lui a été inspiré quand il fut « affecté dans un vieil hôpital comme pharmacien de garde la nuit. C’était impressionnant ces grands couloirs déserts, les murs épais, le dôme qui recouvrait le tout… Un décor vraiment propice à une histoire policière ou fantastique. J’ai eu envie d’écrire l’histoire que j’aurais voulu trouver en tant que lecteur » a-t-il raconté à la Voix du Nord. Pas étonnant donc que les héros de son livre soient deux internes (en médecine) officiant dans un vieil hôpital battu par les vents basques. Outre cette concordance avec sa propre vie, « Ressacs » est un polar dont l’argument repose sur les ressemblances troublantes. En effet alors que son ami Jean-Christophe d’Orgeix disparaît dans d’étranges conditions, Thomas, également interne, entreprend des recherches sur l’histoire de l’établissement et découvre qu’un autre étudiant a lui aussi disparu quelques années plus tôt et qu’il ressemblait en tout point à son camarade. A ces jeux de miroir s’ajoutent l’ambiance sombre et gothique du monastère des Augustins sur lequel a été construit l’hôpital… Selon toute vraisemblance, un haletant polar.

Encore un  coup

Même ambiance gothique faite d’ombres, de démons et de gargouilles dans « I Frankenstein », énième version de l’adaptation du mythe créé par Marie Schelley et sorti cette semaine au cinéma. Si beaucoup ont regretté que le film de l’australien Stuart Beattie n’égale pas ses prédécesseurs, on trouve dans l’interprétation d’Aaron Eckhart, fils maudit de Frankenstein qui a pu traverser les époques grâce à une mutation génétique, quelques jolis moments. Comme les autres Frankenstein avant lui, tout à la fois sa ressemblance avec un être humain et son caractère monstrueux peuvent en effet faire naître quelques réflexions sur notre façon de traiter l’autre, qu’il nous ressemble ou non comme un frère (ou ici comme un fils).

Aurélie Haroche

Références
Théâtre : « Le Malade Imaginaire », de Molière, mise en scène par Jean Liermier, jusqu’au 9 février, théâtre de Carouge, Théâtre de Carouge-Atelier de Genève, Rue Ancienne 39, 1227 Carouge (Suisse).

Cinéma : « Dallas Buyers Club », de Jean-Marc Vallée, sorti le 29 janvier, 1h57.
« I Frankenstein », de Stuart Beattie, sorti le 29 janvier, 1h33.

Roman : « Ressacs » de David-James Kennedy, Fleuve Editions, 432 pages, 18,90 euros.

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