Chlordécone et cancer : une surveillance étroite

La chlordécone, pesticide toxique pour l’homme et qui entraîne une pollution durable des eaux et des sols, a été utilisée dans les bananeraies aux Antilles de 1972 à 1993. Depuis 2004 et notamment à travers les actions des différents plans chlordécone, Santé publique France et l’Anses mènent des travaux pour améliorer les connaissances sur l’exposition des populations antillaises à ce pesticide et les risques sanitaires potentiellement associés. A l’occasion du colloque scientifique et des journées de restitution publique sur la pollution à la chlordécone qui se tiennent en Martinique puis en Guadeloupe du 16 au 19 octobre, Santé publique France présente plusieurs résultats d’études relatives à l’exposition alimentaire de la population générale à la chlordécone, à l’imprégnation des populations à la chlordécone ainsi qu’à d’autres substances de l’environnement, et la surveillance du cancer de la prostate. Organisé avec l’appui du Groupe d’orientation et de suivi scientifique (GOSS) du plan national d’action chlordécone, ce colloque rassemblera près de 200 experts pendant 2 jours. Scientifiques, acteurs institutionnels, professionnels et associatifs participeront à des travaux et des ateliers scientifiques visant à faire le point sur les avancées de la recherche dans ce domaine, à confronter les solutions et à identifier les nouveaux axes de recherche. Le colloque se clôturera par deux journées de débat ouvertes à tous, pour échanger avec la population sur les résultats des travaux scientifiques.

Voir : http://invs.santepubliquefrance.fr/Publications-et-outils/Rapports-et-syntheses/Environnement-et-sante/2018/Martinique-Guadeloupe.-Evaluation-des-expositions-a-la-chlordecone-et-aux-autres-pesticides.-Surveillance-du-cancer-de-la-prostate

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  • Commentaires sur la chlordécone dans le cancer prostatique

    Le 06 février 2019

    Sans prendre parti pour ou contre Macron, il faut, un petit peu, expliquer ce dont il a osé parler. « L’OMS a tranché, rappelle le sénateur Victorin Lurel au Président. Des études épidémiologiques ont été faites et aujourd’hui j’entends qu’il n’y a pas de lien de causalité, permettez-moi de m’interroger. »

    La position prise par Macron sur le chlordécone dans ce cancer est inspirée par des conseillers scientifiques. Les études épidémiologiques ne suffisent pas à établir un lien de cause à effet. Restent encore à mettre en place des études expérimentales et des démonstrations incontestables sur animaux.

    Quelques questions capitales, subsistent en effet. L’arrivée du PSA joue-t-elle un rôle dans la multiplication par dix des cas de cancer prostatique entre 1987 et 2010 ? Notez que le seul signe apparent de ces nouveaux cancers est le PSA. Rien d’autre, généralement, ne permet de préconiser son dosage.

    Or le PSA est une protéine secrétée par toutes les variétés de tissu prostatique par millions de ng/ml faciles à retrouver dans des dosages réalisés sur le sperme. Et ceci dès l’âge de 15 ans.

    Cette protéine n’est donc pas spécifique du cancer. Elle est, par contre, spécifique de la prostate, comme son nom le précise. Elle a même une fonction physiologique : aider les spermatozoïdes à pénétrer les voies génitales féminines. Sans cette protéine, le sperme devient infertile. On le sait depuis 1975.

    Cette protéine, secrétée de façon spécifique dans la prostate, passe, en cas de petit cancer prostatique, de l’enveloppe prostatique qui la contenait, dans le sang. Comment ? Par les pédicules vasculaires.

    Les services d’urologie ont alors vu les découvertes de cancer prostatique multipliées peu à peu par dix en 10 ans. Ils ont ainsi redécouverts ce que les autopsies ou les examens des pièces de prostatectomie sous capsulaire montraient déjà, depuis presqu’un siècle : un % très élevé de petits cancers au repos.

    La prescription du dosage plasmatique de la PSA apparaît en 1987 et se multiplie jusqu’en 1997 et au-delà. Des études épidémiologiques de l’INCA lui dénient un rôle dans la survie des cancéreux opérés.

    Que le chlordécone finisse par être qualifié de cancérigène ne change rien à l’obligation de préciser les accusations dans le cancer de la prostate par des études expérimentales.

    Première question : si la chlordécone peut être mise en cause dans le surplus statistique de cancers prostatiques, dont les causes sont d'ailleurs multiples, comment se fait-il que les cancers prostatiques humains, très rares avant 45 ans, ne se manifestent pas du tout chez les jeunes hommes entre 15 à 45 ans. Ils sont pourtant tout aussi exposés à ce toxique que les adultes ?

    Seconde question : que se passe-t-il chez les animaux âgés vivant librement aux Antilles possédant une prostate assez semblable à celle de l'homme (les chiens par exemple) ? Ils ont des fonctionnements hormonaux semblables à ceux des hommes impliquant la testostérone en milieu extracellulaire, la DHT et l'œstradiol en milieu intracellulaire. Pourquoi ne sont-ils pas (ou si peu) touchés par cette affection?

    Troisième question : on ne sait pas encore si ces mammifères, pourtant exposés à cette substance supposée cancérogène reconnu, présentent un surcroît de cancers prostatiques ? Certes il semble bien établi que les animaux (mais curieusement pas les hommes pour leurs autres cancers) vivant aux Antilles subissent un effet cancérogène général du chlordécone. Mais sur la prostate des animaux, y a-t-il eu de nombreuses autopsies significatives de chiens, de chats, de rats, aux Antilles ? Pas à ma connaissance !

    Quatrième question : les urologues connaissent-ils les travaux expérimentaux chez le chien, en 1939, puis les essais cliniques, en 1941, menés par Charles HUGGINS, médecin américain chercheur en cancérologie à l’Université de Chicago, spécialisé dans le cancer de la prostate.

    Pour ces travaux, HUGGINS a reçu le prix Nobel de physiologie ou de médecine en 1966 pour avoir découvert que le Stilboestrol (un œstrogène de synthèse) pouvait être utilisé pour contrôler la propagation de tous les cancers prostatiques. Les travaux datent de 1939 et sont rarement cités.

    Cette découverte est la première invention importante survenue en cancérologie. Elle montrait que le tissur prostatique pouvait secréter beaucoup plus de sperme sous administration de testostérone synthétique semblable à la testostérone naturelle.

    Et que cette hypersécrétion pouvait être contrôlée et annulée par des produits chimiques de synthèse. A l’époque plus de 20 de ces œstrogènes de synthèse ont été essayés avec succès.

    Les travaux de C. HUGGINS sont à l'origine des deux traitements suivis par tous les urologues de 1.940 à 2.000 dans ce cancer prostatique au stade métastatique: deux paradigmes respectés fort longtemps : la castration de 1940 à 1986, les œstrogènes artificiels de 1940 à 2000.

    Comment peut-on accuser les œstrogènes utilisés si longtemps avec succès, y compris chez de hautes personnalités de 1981 à 1995 ?

    Dr Jean Doremieux, urologue

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