Dis moi combien tu gagnes, je te dirais quel cancer te touchera

L’objectif de ce travail était de qualifier et de quantifier l’influence de l’environnement socioéconomique sur l’incidence des cancers, et ce pour chacune des 15 tumeurs solides et des trois hémopathies malignes les plus fréquentes en France. L’analyse a porté sur les données des registres de cancers français membres du réseau Francim (Réseau français des registres des cancers). L’indice européen agrégé de défavorisation sociale (European Deprivation Index – EDI) a été utilisé pour évaluer l’environnement socioéconomique. Un gradient d’incidence statistiquement significatif croissant avec la défavorisation sociale a été observé pour les cancers de l’estomac, du foie, des lèvres-bouche-pharynx et du poumon dans les deux sexes, pour les cancers du larynx, de l’œsophage, du pancréas et de la vessie chez l’homme et pour les cancers du col de l’utérus chez la femme. À l’inverse, un gradient d’incidence statistiquement significatif croissant avec la favorisation sociale a été observé pour le mélanome dans les deux sexes, pour les cancers de la prostate et du testicule chez l’homme et les cancers de l’ovaire et du sein chez la femme. La part des cas de cancers attribuables à la défavorisation sociale était la plus importante pour les cancers du larynx (30,1%), des lèvres-bouche-pharynx (26,6%) et du poumon (19,9%) chez l’homme, et pour les cancers des lèvres-bouche-pharynx (22,7%) et du col de l’utérus (21,1%) chez la femme. Près de 15 000 cas de cancers pourraient être évités en France chaque année par l’amélioration des conditions de vie et la promotion de la santé des populations les plus défavorisées. Abstract This work aimed to investigate the influence of socioeconomic environment on cancer incidence for each of the 15 tumors and the 3 most frequent hematologic malignancies in France. The analysis included data from French cancer registries (FRANCIM network). The evaluation of the socioeconomic environment was based on the aggregate European Deprivation Index (EDI). Over-incidence for individuals living in disadvantaged areas was observed for cancers of the stomach, liver, lips and mouth-pharynx, and lung for both sexes, for cancers of the larynx, esophagus, pancreas and bladder for males, and for cancers of the cervix for females. On the contrary, over-incidence in individuals living in affluent areas was observed for melanoma for both sexes, for cancers of the prostate and testis for males, and cancers of ovary and breast for females. The proportion of cancer cases caused by social deprivation was highest for cancers of the larynx (30.1%), lips and mouth-pharynx (26.6%), and lung (19.9%) in men, and for cancers of the lips and mouth-pharynx (22.7%) and the cervix (21.1%) in women. Nearly 15,000 cases of cancer could be prevented each year in France by improving living conditions and promoting the health of the most disadvantaged populations. Introduction La France fait partie des pays au monde ayant les meilleurs indicateurs globaux de santé, mais elle présente aussi un gradient social de mortalité prématurée parmi les plus marqués en Europe 1. Si la lutte contre les inégalités sociales de santé est, depuis de nombreuses années, une priorité des organisations internationales en santé 2, son affichage sur l’agenda politique français est plus récent, notamment au travers des dernières lois de santé publique et des missions confiées aux Agences régionales de santé. Le cancer est l’une des pathologies qui contribue le plus à ce gradient, et la réduction des inégalités sociales de santé est une priorité transversale des Plans cancer 2009-2013 puis 2014-2019. L’action publique pour réduire ce gradient doit s’appuyer sur une connaissance approfondie des mécanismes qui sous-tendent ces inégalités. Les différences de mortalité par cancer sont la résultante de différences d’incidence et de différences de létalité. Les mécanismes à l’origine des disparités socioéconomiques d’incidence ou de survie sont de nature différente. Il importe donc de pouvoir les étudier séparement pour chaque localisation cancéreuse. Les données des registres de cancer en France le permettent désormais, en utilisant de grands échantillons représentatifs de la population générale. Les éléments qui déterminent l’environnement socioéconomique sont multiples et dépendent du capital financier, culturel et social des individus. Même si le dernier diplôme acquis, les revenus ou la situation professionnelle apparaissent souvent comme de bons indicateurs de cet environnement, ils ne peuvent le résumer. Par ailleurs, de plus en plus d’études mettent en évidence l’importance des éléments socioéconomiques contextuels du lieu de vie. C’est ainsi que les travaux ont de plus en plus fréquemment recours à des indices synthétiques qui permettent, dès lors que les modèles statistiques utilisés sont adaptés à la structure des données, de proposer une analyse intégrative de l’influence de l’environnement socioéconomique des individus sur leur santé 3. L’objectif de ce travail était de quantifier l’influence de l’environnement socioéconomique sur l’incidence des cancers en France et d’en estimer la fraction attribuable.

Voir : http://invs.santepubliquefrance.fr/beh/2017/4/2017_4_1.html

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