Le Sida en Guyane

La région Caraïbe est la seconde région au monde la plus touchée après l’Afrique par l’épidémie d’infection à VIH. Le département français de Guyane fait partie intégrante de cette région, avec la caractéristique notable de constituer un relatif îlot de richesse au milieu de pays pauvres ou frontalier de zones pauvres de pays émergents. Par sa situation géographique et économique, la Guyane cumule les facteurs épidémiques généraux de la région Caraïbe avec le facteur propre que constituent les mouvements constants de population que connaît le département. Tous les pays de la région sont marqués à la fois par une forte prévalence et par le fait que l’épidémie touche avant tout les populations les plus précaires. La Guyane ne fait pas exception et connaît un profil épidémique conforme à la situation régionale, amplifié par l’importance des migrations économiques vers le département, qui concernent par définition des populations précaires, originaires de pays à forte prévalence. La lutte contre le VIH en Guyane doit non seulement faire face à la stigmatisation associée au sida, particulièrement importante dans ce département, mais également à un discours sur l’épidémie qui s’est construit sur l’image de l’étranger seul vecteur du virus, justifiant une relative indifférence. Particulièrement grave au regard des autres régions françaises les plus touchées, l’épidémie est cohérente avec le contexte épidémiologique de la région. Elle a en outre l’inconvénient d’attirer négativement l’attention sur un département soucieux de promouvoir une image attractive. Les représentations édulcorées ne sont pourtant pas de mise, car la Guyane est indiscutablement en situation d’épidémie généralisée selon les critères de l’Organisation mondiale de la santé, avec plus de 1 % des femmes enceintes infectées par le VIH. Dans les faits, la situation de la Guyane est plus comparable à nombre de pays en développement qu’au territoire métropolitain. La persistance de cette situation inacceptable du point de vue des objectifs de santé tant nationaux qu’internationaux de la France fait l’objet d’un troisième rapport du CNS après ceux de 1996 et 2003. Le rapport de 1996 pointait le sous équipement médical. Celui de 2003 s’alarmait d’une épidémie active et incontrôlée face à laquelle aucune réponse structurée et adaptée n’était apportée. A côté de succès volontiers affichés en matière spatiale, les défis à relever en Guyane sont nombreux : le développement économique, une population jeune en quête de débouchés, des territoires éloignés où il faut assurer les services publics essentiels, la précarité importante d’une partie de la population. Prêter attention à l’épidémie en Guyane revient à s’intéresser à l’ensemble des difficultés et dysfonctionnements que connaît le département.

Voir : http://www.cns.sante.fr/htm/avis/rapports_pdf/08_21_02_avis_suivi_de_recommandations_guyane.pdf

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