Hawking : un destin exceptionnel désormais hors du temps

Londres, le mercredi 14 mars 2018 – « C’était formidable. J’aurais pu continuer pendant des heures ». Continuer pendant des heures à se mouvoir doucement. Une prouesse qui pourrait paraitre anodine, si ce n’est qu’elle se déroulait en apesanteur et qu’elle fut réalisée par un homme figé depuis plus de trente ans par une forme sclérose latérale amyotrophique (SLA) . Ainsi était Stephen Hawking, ne parlant que de façon très discrète et elliptique des affres de la terrible maladie, diagnostiquée alors qu’il était à peine âgé de vingt ans et qui selon toutes les observations et publications scientifiques aurait dû l’emporter en quelques années. Les spécificités mal élucidées de sa maladie, des soins constants (Stephen Hawking a été hospitalisée à d’innombrables reprises) et un équipement hors du commun (dont son célèbre synthétiseur vocal), ainsi probablement qu’une force d’esprit incomparable lui ont permis de défier tous les pronostics. Mais pas celui implacable de la mort. Stephen Hawking vient de s’éteindre à l’âge de 76 ans.

Pas un handicap grave !

Sa participation à une expérience inédite d’apesanteur (si des adultes sains avaient déjà à de multiples reprises réalisé cet exploit, jamais un homme atteint d’une pathologie aussi complexe ne s’y était risqué) est à l’image de Stephen Hawking et de sa conception de son terrible handicap. Jamais, il n’a été un frein à son formidable appétit de connaissance et de découvertes. Sans doute, son inébranlable humour l’a-t-il aidé à ainsi dépasser les souffrances et l’immobilité éternelle. C’est ainsi qu’il répétait souvent : « J'ai la chance de travailler en physique théorique, l'un des rares domaines dans lesquels le handicap n'est pas un handicap grave ». Son handicap était pourtant un handicap grave. Mais il en avait à sa manière triomphé, grâce également au soutien sans faille de professionnels de santé toujours présents auxquels il n’hésita pas à rendre hommage en septembre dernier alors que le National Health Service traversait une nouvelle crise de confiance. « Le NHS m’a sauvé la vie. Je me dois de l’aider à mon tour » écrivait-il ainsi, se souvenant de ses nombreuses hospitalisations où il était parfois considéré comme mourant et qui le laissaient à chaque fois plus reconnaissant vis-à-vis des compétences humaines et techniques des praticiens le soignant.

Ces derniers se sont également montrés fascinés par le physicien. « Il est exceptionnel » observait par exemple en 2002 Nigel Leigh, professeur de neurologie clinique au King College de Londres : « Ce qui est inhabituel, ce n'est pas seulement la durée, mais que la maladie semble relativement stable. ... Ce type de stabilisation est extrêmement rare », ajoutait-il encore.

Énergie

Sans doute pour la majorité du monde, incapable de saisir les enjeux et la complexité des apports essentiels de Stephen Hawking pour la physique, c’est cette victoire de l’esprit sur le corps, c’est ce dépassement constant de soi, cette insatiable soif de connaître qui demeureront dans les mémoires. Ces caractéristiques s’accompagneront du souvenir de cette silhouette de papier et de marbre, qui parvenait pourtant à s’illuminer par la grâce de son discours, toujours empreint d’humour et de bienveillance. Mais pour les physiciens du monde entier, la disparition de Stephen Hawking est également l’occasion de mesurer l’importance de sa contribution. La Nasa a  ainsi salué « un physicien de renom et un ambassadeur de la science. Ses découvertes ont ouvert un univers de possibilités que nous et le monde continuons à explorer » a détaillé l’agence spatiale. Enfin, l’astrophysicien Neil de Grasse Tyson a commenté « Sa mort laisse un vide intellectuel. Mais ce n'est pas du vide, voyez-le plutôt comme une sorte d'énergie imprégnant l'espace-temps, qui défie la mesure ».

Aurélie Haroche

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Vos réactions (3)

  • Merci Monsieur Hawking

    Le 14 mars 2018

    Que les anges vous applaudissent, Monsieur !
    Quelle merveilleuse leçon de courage, de persévérance, et d'espoir nous avez-vous donnée en plus de votre génie.
    Le monde perd une fois de plus, ce que j'appellerai : un phare pour l'humanité. Oui, c'est un peu cela que vous étiez et que vous resterez dans nos mémoires, un phare pour éclairer nos pas vers cet Inconnu qui nous fascine autant qu'il nous bouscule.
    Merci Monsieur.

    Dr Joanna Rydlakowski

  • Respect

    Le 14 mars 2018

    Respect cher monsieur et encore bravo.
    Une simple histoire de vie...

    Dr Thierry Allemoz

  • Hommage

    Le 19 mars 2018

    Quel homme admirable...Quelles leçons, de vie, de courage, comme de sciences.

    Sandrine Genton

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