L’heure de la dernière consultation pour François Le Menn

Callac, le mardi 3 février 2015 – Il s’imaginait en Molière du stéthoscope, disant au revoir à sa table d’examen, son cabinet, ses patients, au soir d’une nouvelle journée de consultation. Cependant, la médecine aura effectivement eut raison de lui : devant les recommandations de plus en plus insistantes de son cardiologue et constatant lui-même que sa pathologie cardiovasculaire l’empêche d’être aussi fringuant qu’à 80 ans, François Le Menn a dévissé sa plaque. Depuis le 31 décembre, si ses patients l’appellent encore, ils ne peuvent espérer comme auparavant le voir débarquer, sourire aux lèvres et cravate bien nouée, au volant de sa vieille Peugeot. François Le Menn distille un conseil, glisse une recommandation et renvoie surtout le malade vers ses confrères. Une retraite qu’il vit comme une démission et qui lui fend le cœur : « Mes patients m’appellent toutes les cinq minutes. Certains venaient de loin. Je ne sais pas où ils vont aller » s’est-il par exemple inquiété auprès des journalistes d’Egora.

Médecin de campagne

Callac, chef lieu de canton breton, qui compte 2 400 habitants se souviendra sans doute longtemps du vieux médecin, qui fut pendant longtemps le doyen des généralistes français, et qui vient de cesser son activité à l’âge de 94 ans ! Il faut dire que le praticien a pris en charge jusqu’à six générations de patients. « J’ai soigné des grands parents de patients qui sont eux-mêmes devenus arrière-grands-parents » calcule-t-il. Il est le témoin d’une forme de pratique qui n’existe quasiment plus, sans outil high tech portatif, sans carte vitale bien sûr, sans possibilité de délégation à des infirmières bien moins nombreuses en ville il y a quelques décennies et où les visites à domicile tenaient la plus large place. Il a ainsi le souvenir des accouchements pratiqués à la maison, des nuits à sillonner les routes bretonnes, les diagnostics réalisés sans le concours des radiographies et autres échographies. Il estime que cette forme de pratique a aiguisé son sens clinique, sens clinique qui s’émousserait chez les plus jeunes selon lui.

Un conseil de l’Ordre très tatillon

A travers les nombreux portraits qui lui ont été consacrés ces dernières années en sa qualité de « doyen » des médecins Français, François Le Menn a ainsi à plusieurs reprises évoqué ses inquiétudes quant à l’évolution de la médecine généraliste en France lançant par exemple : « On a beaucoup de professionnels, une médecine de pointe et une très mauvaise organisation ». Des déclarations qui ne lui ont pas valu que des soutiens auprès de ses confrères, tandis que le Conseil de l’Ordre est allé jusqu’à l’admonester pour la multiplication des interviews accordés par le praticien aux médias ! Les patients semblent étrangers à ces polémiques et la plupart de ceux rencontrés par les journalistes louaient le dévouement du praticien.

Aurélie Haroche

Copyright © http://www.jim.fr

Réagir

Vos réactions (1)

  • Chapeau

    Le 04 février 2015

    Un seul mot pour notre vénérable ancien : "Respect" !
    Dr F.Chassaing

Réagir à cet article