Quand l'accouchement fait peur

La phobie de l'accouchement, ou tocophobie ("tocophobia"), est définie comme une peur phobique de la grossesse et de l'accouchement. La définition n'en est cependant pas claire : certains évoquent une "terreur irraisonnée de la naissance", d'autres une "peur de l'accouchement". Plusieurs questionnaires ont été élaborés pour mesurer la tocophobie, classée dans la CIM 10 (version anglo-saxonne) dans les phobies spécifiques (code F40.298).

De nombreux facteurs ont été associés à cette crainte : une personnalité anxieuse, un antécédent d'abus sexuel, des antécédents d'accouchement traumatique ou de fausses couches, une infertilité de longue durée, le fait de fumer, un manque de support affectif au niveau social ou conjugal, etc.

Il existe de plus en plus de preuves que la phobie de l'accouchement peut avoir des effets indésirables à court et à long terme sur la mère et sur l'enfant. Une équipe irlandaise a réalisé une revue systématique et une méta-analyse pour déterminer la prévalence de la phobie de l'accouchement pendant la grossesse de par le monde.

Les articles pertinents ont été identifiés en cherchant dans les bases de données médicales entre 1946 et avril 2016. Les mots-clés étaient "tocophobie", "peur de l'accouchement", "peur du travail", "peur de la naissance", "anxiété et accouchement", "peur pendant la grossesse", "prénatal" et "naissance".

Une femme enceinte sur sept a peur de l'accouchement

Trente-trois études menées dans 18 pays ont été sélectionnées dans la revue systématique. Les données de 29 d'entre elles, correspondant à une méthodologie rigoureuse, ont été utilisées pour la méta-analyse, regroupant 853 988 femmes enceintes. La définition de la phobie était variable, d'autant que les questionnaires utilisés, la technique d'entretien et la période de grossesse au cours de laquelle les patientes étaient interrogées n'étaient pas uniformes.

Le taux de prévalence allait de 3,7 à 43 %. Dans l'ensemble, la prévalence de la phobie de l'accouchement en utilisant un modèle aléatoire était de 14 % (Intervalle de confiance à 95 % IC95 : 0,12 - 0,16). Elle serait de l'ordre de 16 % chez la nullipare (IC95 : 0,14 – 0,19) et de 12 % chez la multipare (IC95 : 0,10 – 0,14).

Ainsi, la prévalence de la phobie de l'accouchement est estimée à 14 % et il semble qu'elle ait augmenté récemment, en particulier depuis les années 2000. Une grande hétérogénéité a été observée dans la méta-analyse, qui peut être attribuée au manque de consensus concernant la définition de la phobie de l'accouchement.

Les résultats de cette étude doivent dont être interprétés avec précaution.

Cette publication a le mérite de soulever une question trop souvent négligée : quel est le ressenti de la grossesse et de l'accouchement à venir chez la femme enceinte ? A partir de cette évaluation de 14 % des femmes enceintes éprouvant de la peur avant d'accoucher (soit une patiente sur sept !), il semble nécessaire d'envisager des mesures telles qu'une définition plus claire et faisant consensus de cette tocophobie et de ses diverses formes, de mener des études évaluant les effets de cette crainte sur l'issue de la grossesse et de l'accouchement ainsi que les résultats des traitements proposés, et surtout de mettre en œuvre dès à présent un accompagnement plus personnalisé, plus à l'écoute et plus empathique des femmes enceintes qui nous consultent et qui demandent à être rassurées. D'autre part, ne serait-il pas plus approprié de parler de "partophobie" plutôt que de "tocophobie", l'étymologie renvoyant pour ce dernier terme à la crainte des contractions…

La peur des parturientes ne se limite pas aux contractions !

Dr Charles Vangeenderhuysen

Référence
O'Connell MA et coll. : Worldwide prevalence of tocophobia in pregnant women: systematic review and meta-analysis. Acta Obstet Gynecol Scand., 2017 ; publication avancée en ligne le 17 mai. doi: 10.1111/aogs.13138

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Vos réactions (2)

  • Phobie à toutes les sauces

    Le 31 mai 2017

    Est-il bien raisonnable de parler de phobie quand il s'agit de redouter l'accouchement.
    Est-il si irraisonné d'en avoir peur.
    Peur des douleurs, des déchirures, de souffrance néonatale de l'enfant, de malformation éventuelle.
    Un accouchement reste quand même une aventure et il me semble bien naturel d'avoir des appréhensions.
    A quand l'appendicectomophobie, l'arthroscopophobie, la coloscopophobie etc...
    N'avons nous pas là un cas de publicatiomanie?

    Dr Joël Delannoy

  • Assez d'accord avec le Dr Delannoy

    Le 06 juin 2017

    14% d'apeurées, c'est peu, finalement, je trouve. Nous les femmes, le prétendu "sexe faible", sommes courageuses...

    Dr Anne-Claire Moreau

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