Qu’est-ce que vous ne devriez pas oublier de dire à vos patients ?

Londres, le samedi 7 février 2015 – Depuis quelques années, la notion de « bientraitance » connaît une importante appétence. Le concept est vaste et l’ensemble des théoriciens n’en propose pas la même définition, tandis que son champ est variablement circonscrit. A l’ère de twitter et de ses injonctions en 150 signes (une version moderne des maximes de La Rochefoucauld ?), un hastag vaut parfois mieux (?) qu’un long discours. C’est ce que tente de démontrer le docteur Kate Granger.

Quasiment condamnée à mort avant trente ans

Qu’on ne s’y trompe pas, si le docteur Kate Granger peut aujourd’hui être considérée comme une experte en matière de « bientraitance » médicale, c’est qu’elle a expérimenté le sujet en passant de l’autre côté du miroir. Cette femme de trente-et-un ans a découvert il y a trois ans qu’elle était atteinte d’une forme rare de sarcome, une tumeur desmoplastique à petites cellules. Le pronostic est sombre en raison notamment de nombreuses métastases. Si, comme elle a pu l’évoquer sur son blog, le docteur Kate Granger fonde peu d’espoir en une guérison et a même un temps choisi d’arrêter tout traitement, elle continue à militer activement pour que de sa triste expérience naisse une amélioration des rapports médecin/malade, au-delà des grands mots et des déclarations d’intention.

Bien plus que le simple fait de dire son nom

C’est ainsi que sur Twitter, le lancement par ses soins du hashtag #Hellomynameis a connu un très important succès et a été remarqué jusqu’aux plus hautes sphères ; le premier ministre britannique, David Cameron lui-même saluant cette initiative. Il s’agit par ces quelques mots, d’inciter les médecins et professionnels de santé à se présenter lorsqu’ils entrent dans la salle de consultation ou la chambre d’un malade. Kate Granger évoque ainsi comment elle a parfois été confrontée à des praticiens qui oublient de la saluer avant de l’examiner ou de lui présenter ses derniers résultats ou qui évitent continuellement son regard lorsqu’ils lui annoncent une mauvaise nouvelle. Si comme tout hashtag qui se respecte « Hellomynameis » est simpliste et paraît réducteur, Kate Granger détaille clairement : « L’importance de se présenter à un malade est bien plus profonde que de donner son nom. C’est le premier barreau sur l’échelle de la compassion dans les soins. C’est établir une connexion humaine et entamer une relation thérapeutique basée sur la confiance. Il y a des preuves que cela améliore la situation des patients », explique Kate Granger

Des techniciens échaudés

Le constat de Kate Granger et d’autres « penseurs » de la bientraitance est également celui d’un étonnant contraste entre une médecine qui se montre d’une formidable technicité et qui permet des progrès importants en terme de diminution de la mortalité et qui, tout en même temps, connaît de plus en plus de difficulté à se montrer simplement empathique. La technicisation de la médecine contribue de fait selon de nombreux observateurs à une dépersonnalisation de plus en plus grande des patients. D’autres soulignent également que les médecins, de plus en plus échaudés par le risque d’attaques judiciaires et se sentant malmenés par des patients plus exigeants et faisant d’internet une source d’information trop présente, restreignent leurs marques de compassion et leur engagement.

Parce qu’il émane d’un médecin, le mouvement « Hellomynameis » pourrait échapper aux critiques habituelles : l’évocation fréquente par les patients d’un manque de considération par les praticiens est souvent vécu (et pas toujours à tort) par ces derniers comme un manque de compréhension de la part du public du poids de leur responsabilité, de leur manque de temps, etc. De fait, outre Manche, 400 000 médecins, infirmiers et urgentistes auraient déjà repris le hashtag du docteur Granger, manifestant sans doute une réelle prise de conscience et une volonté de changement. « J’espère vraiment que mon héritage sera le fait de placer la compassion au cœur des soins », veut croire Kate Granger, interrogée par la BBC.

Aurélie Haroche

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