Ce n’était pas un choc septique, mais un SEIPA

Le syndrome d’entérocolite induite par les protéines alimentaires (SEIPA) est l’une des formes les plus sérieuses d’entéropathie. Sa physiopathologie n’est pas encore parfaitement connue, mais impliquerait une activation des lymphocytes-T lors de l’absorption de l’aliment en cause, ce qui déclencherait une réponse inflammatoire locale, une augmentation de la perméabilité gastro-intestinale et, enfin, le passage de fluides dans la lumière gastro-intestinale. Le diagnostic n’est pas toujours facile, comme en témoigne ce cas clinique présenté par une équipe portugaise.
 
Il s’agit d’un garçon de 4 mois, adressé aux urgences pour des vomissements profus et un état de choc hypovolémique. L’enfant avait bénéficié d’un allaitement maternel jusqu’à 3 mois, âge auquel une supplémentation progressive par 1 biberon de lait de vache par jour lui a été donnée. Deux jours après cette introduction du lait de vache, l’enfant a présenté un vomissement par jour, après avoir bu son biberon, puis des vomissements plus fréquents, une diarrhée sanglante et une léthargie s’aggravant au fil des jours.

A son arrivée aux urgences, l’enfant est en état de choc. Le diagnostic évoqué à ce stade est celui de septicémie et d’allergie aux protéines de lait de vache. Mais les tests sanguins révèlent l’absence de leucocytose, une neutrophilie relative, une thrombocytose, un taux de CRP normal, un ionogramme et une fonction rénale normaux. Le taux d’IgE totales et d’IgE spécifiques aux protéines de lait de vache étaient eux aussi normaux.

Un cas clinique emblématique

Après la réanimation, la mise en place d’un régime d’exclusion des protéines de lait de vache avec reprise de l’allaitement, complémenté par une formule à base d’acides aminés a permis une résolution complète des symptômes en moins de 12 heures.

Le déroulement des faits, les résultats biologiques et l’évolution favorable sous régime d’exclusion ont alors mené à conclure à un SEIPA. Ce cas clinique illustre ainsi la complexité du diagnostic, mais aussi le fait que les manifestations cliniques et la sévérité du SEIPA sont dose-dépendantes. Ici, l’exposition progressive à de petites doses de lait de vache a été suivie de réactions de sévérité croissante.

Le critère majeur de diagnostic d’un SEIPA est la survenue de vomissements 1 à 4 heures après l’ingestion de l’aliment suspect, en l’absence d’allergie cutanée IgE-médiée et de symptômes respiratoires. La léthargie, la pâleur, la diarrhée, l’hypotension, l’hypothermie peuvent être associées et sont considéreés comme autant de critères secondaires de diagnostic.

Dr Roseline Péluchon

Référence
Jacob S, Bonito Vitor A. Cow’s milk protein intolerance imitating septic shock in a young infant. An Pediatr (Barc). 2018. Publication avancée en ligne le 9 avril. doi: 10.1016/j.anpedi.2018.01.020.

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