Des protéines de lait de vache bien cachées

Notre pratique comporte bien des pièges. En témoigne le cas de ce jeune garçon, rapporté par une équipe italienne. Cet enfant, âgé de 1 an, est amené aux urgences pour un épisode de fièvre, toux et dyspnée, avec battements des ailes du nez et tirage intercostal. L’auscultation met en évidence des râles diffus et la radiographie un foyer de pneumopathie. Le prélèvement naso-pharyngé revient positif au virus respiratoire syncytial.

Rien que de très banal jusque-là. Excepté que cet enfant présente un syndrome polymalformatif et qu’une entérocolite nécrosante avait justifié une résection intestinale étendue, à l’origine d’un syndrome de l’intestin court, ce dernier nécessitant une nutrition parentérale à long terme et une nutrition entérale par gastrostomie. A 4 mois, l’enfant devient allergique aux protéines du lait de vache, ce qui n’est pas rare dans les cas de syndrome de l’intestin court, et qui a été confirmé par un dosage des IgE, positif pour l’α-lactalbumine, la β-lactoglobuline et la caséine.

Les difficultés respiratoires, les antécédents de l’enfant et la précarité de son état clinique, conduisent à l’institution d’une antibiothérapie malgré l’étiologie virale. Dans ce contexte de bronchospasme sévère, une corticothérapie est ajoutée au traitement, sous forme de méthylprednisolone sans lactose. Après 2 jours de ce traitement, un défaut de disponibilité du corticoïde initial conduit à le substituer par une autre forme de méthylprednisolone. Quelques minutes après la fin de l’injection, l’enfant fait une urticaire généralisée avec respiration sifflante. L’antibiothérapie est tenue pour responsable et interrompue. Mais une deuxième injection du corticoïde déclenche alors un choc anaphylactique.

Certains médicaments incriminés

L’enquête étiologique finit par incriminer le deuxième corticoïde injecté dont il existe 5 dosages, mais seul celui utilisé dans ce cas (40 mg) contient du lactose d’origine bovine, obtenu à partir du lait de vache. Des traces de protéines de lait de vache contenues dans les flacons sont sans doute à l’origine de la réaction anaphylactique survenue chez ce jeune garçon.

Les auteurs insistent sur le fait que, si un régime sans lactose n’est pas indiqué chez les enfants atteints d’allergie aux protéines de lait de vache, les aliments ou les médicaments contenant du lactose avec des traces de protéines de lait de vache doivent être exclus. L’Agence européenne du médicament œuvre actuellement à recenser les produits injectables de ce type. La prévention de ces accidents passe par l’élimination de toutes traces de protéines de lait de vache dans ces produits, d’autant plus quand il s’agit de traitements utilisés dans des situations d’urgence.

Dr Roseline Péluchon

Référence
Porcaro F. et coll. : Anaphylactic shock with methylprednisolone sodium succinate in a child with short bowel syndrome and cow’s milk allergy. Ital J Pediatr 2017 ; 43 : 104.

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