Elle se croyait enceinte…

Avoir l’intuition délirante d’être enceinte (malgré la preuve manifeste du contraire) est possible, même si le phénomène est à l’évidence rare : en particulier, plusieurs observations ont montré une association entre ce « fantasme » de grossesse et une hyperprolactinémie induite par un médicament antipsychotique, même si la part des choses est parfois difficile à faire car ce neuroleptique a pu être prescrit, précisément, en raison d’un délire préexistant à l’instauration du traitement !

Une équipe d’Australie présente ainsi le cas clinique d’une femme de 36 ans, avec un « passé de troubles schizo-affectifs », stabilisés depuis 2 ans par un neuroleptique-retard (palmitate de palipéridone). Mais elle croit soudain « être une adolescente enceinte venant des États-Unis. » Elle prend d’ailleurs l’accent américain, bien qu’elle vive en Australie... Elle se présente alors dans un service d’urgences avec des douleurs abdominales (imputées par elle à son état (pseudo)gravidique) et avec « une aménorrhée et un abdomen nettement gonflé », comme ce serait le cas lors d’une vraie grossesse. Mais les dosages des β-HCG et l’échographie écartent toute suspicion de grossesse authentique. Malgré le verdict irréfutable de ces examens complémentaires, la patiente « insiste sur le fait qu’elle est enceinte » et appuie sa certitude en déclarant « entendre la voix de son enfant qui doit naître. »

L’hyperprolactinémie en cause?

Les psychiatres concluent à un « épisode maniaque à connotations psychotiques ». Le dosage de prolactine dans le sang se révèle très élevé, mais se normalisera ultérieurement, après un changement de traitement neuroleptique. Pour autant la disparition des idées délirantes n’est pas parralèle à la normalisation des taux de prolactine. Pour les auteurs, l’hyperprolactinémie devrait donc être considérée « comme l’un des facteurs impliqués (dans ce délire), plutôt que comme le seul modèle explicatif. » Il faudrait ainsi « prendre garde à ces liens » entre hyperprolactinémie et intuition délirante de grossesse, mais « rester prudent » avant de proposer le changement d’un traitement neuroleptique jusque-là efficace, sur le seul argument de ces effets présumés de l’hyperprolactinémie sur une flambée du délire.

Dr Alain Cohen

Références
Gillian Keane A et coll.: Delusion of pregnancy: Is there a role of prolactin? ANZJ Psychiatry, 2016; 50: 1018.

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