Enigme de la semaine : Eh bien, dansez maintenant !

Retrouvons ce patient septuagénaire admis pour des mouvements anormaux qui se sont amendés en cours d’hospitalisation. A la sortie, le patient a été remis sous atorvastatine 40 mg. Le seul médicament qui a été suspendu pendant toute la durée de l'hospitalisation était son antihistaminique de 2e génération, la desloratadine. La chronologie des événements et cette amélioration clinique soulèvent la question suivante : la desloratadine pourrait-elle avoir contribué au ballisme du patient ?

Une forme sévère de chorée proximale

Le ballisme, forme clinique sévère de chorée, a été décrit pour la première fois par le neurochirurgien Russell Meyers, comme des « mouvements involontaires de grande amplitude, répétitifs, mais variant constamment, des parties proximales des membres. » On parle d’hémiballisme lorsque ces mouvements n’intéressent qu’un hémicorps, situation la plus fréquente. Cette activité est presque incessante et les mouvements sont souvent complexes, à type de rotation, et combinés. Sa manifestation clinique résulte souvent d'une lésion cérébrale du corps de Luys d’origine traumatique, ischémique ou hémorragique. D'autres causes sont décrites, telles des anomalies métaboliques et endocriniennes, ou les effets indésirables de certains médicaments. La chorée (danse de Saint Guy) est quant à elle principalement observée dans une maladie génétique neurodégénérative (maladie de Huntington), où l'atrophie du caudate et du putamen provoque une augmentation de l'activité dopaminergique. Dans ce cas, les auteurs rapportent un ballisme des membres supérieurs et inférieurs résultant de l'utilisation d'un antihistaminique.

Des perturbations dopaminergiques ont été décrites sous antihistaminiques

Les antihistaminiques sont couramment utilisés pour soulager les symptômes d'allergie mais ils ne sont pas dénués d’effets secondaires. La littérature pharmacologique actuelle soutient le rôle des antihistaminiques dans la perturbation de l'activité dopaminergique et cholinergique, même si la pharmacocinétique et le modèle de compréhension restent controversés. Plusieurs cas ont rapporté impliquant des antihistaminiques de 1ère et de 2e génération.

Un rapport de cas décrit un patient développant une dyskinésie tardive après avoir pris de la fexofénadine pendant 11 jours. Comme dans le cas présent, l'électroencéphalogramme (EEG) et l'IRM cérébrale avec injection étaient sans particularité et les symptômes se sont atténués environ 24 heures après l'arrêt de l'antihistaminique.

Un autre rapport discutant du lien entre les effets dopaminergiques et les antihistaminiques présente le cas d'un homme de 72 ans qui a développé une chorée alors qu'il prenait de l'hydroxyzine HCL 25mg, de l'azélastine HCL 1mg, et fumarate d’émédastine 1mg pour une dermatite allergique, débutés 4 semaines avant l'apparition des mouvements anormaux. Chez ce patient, le bilan initial neurologique et infectieux était sans particularité. Après 7 jours d'arrêt du traitement antihistaminique, les mouvements choréiques étaient minimes et ont complètement disparu après 3 semaines. Comme dans le cas présent, les mouvements étaient atténués pendant le sommeil.

Des diagnostics différentiels à évoquer

Ici, les auteurs concluent que les mouvements anormaux observés ont probablement été causés par la prise d'antihistaminique. Les diagnostics alternatifs tels que des causes virales comme une encéphalite à HSV, vasculaires, traumatiques ou des anomalies électrolytiques ou métaboliques, ont été écartés par les explorations complémentaires. Si le patient ne s'était pas rapidement amélioré, une ponction lombaire pour analyse du liquide céphalorachidien aurait été effectuée. Le diagnostic de ballisme induit par les antihistaminiques a été posé, en concertation avec l’équipe de neurologie, conforté par la résolution spontanée des mouvements alors que le seul changement de médicaments à l'hôpital était l'arrêt de l'antihistaminique.

Il n'est pas clair si ou dans quelle mesure la pharyngite à Candida a joué un rôle dans la constellation de symptômes du patient. Les auteurs recommandent une enquête plus approfondie sur l'utilisation des antihistaminiques dans les infections actives. Bien que les antihistaminiques soient la pierre angulaire du traitement anti-allergique, les possibles effets secondaires dopaminergiques en cas d'utilisation continue devraient être communiqués aux patients. En particulier chez les sujets âgés, qui métabolisent souvent moins bien les médicaments, le dosage, la posologie et la régularité de ces prises doivent être surveillés. Enfin, l'importance du recueil des antécédents médicaux détaillés des patients présentant des anomalies de mouvement dopaminergiques et dont le bilan neurologique est normal est soulignée.

Dr Isabelle Méresse

Référence
Brockman MJ, Taylor A, et coll. Ballismus Secondary to Antihistamine Use. Case Reports in Internal Medicine. 2022. 9. 1. 10.5430/crim.v9n1p1.

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