La greffe de pénis, enfin nous y sommes !

Aspect du pénis à 24 mois

La circoncision rituelle est une pratique profondément ancrée et encore très vivace en Afrique du Sud, particulièrement chez les Xhosa de la province du Cap oriental. Il s’agit d’un rite de passage, souvent pratiqué avec des instruments traditionnels et dans des conditions d’hygiène très rudimentaires. Les complications sont fréquentes et souvent gravissimes, allant parfois jusqu’à l’amputation du pénis. Les actuels procédés de reconstruction avec des implants péniens ne donnent pas toujours des résultats satisfaisants, et les conséquences psychologiques de ces amputations sont souvent désastreuses.

Les victimes de ces pratiques ancestrales vont bientôt pouvoir reprendre espoir. Le Lancet relate en effet la première greffe de pénis réalisée par une équipe sud-africaine. Il ne s’agit pas en réalité de la première tentative mondiale, une première intervention avait été faite en Chine en 2006, mais avait tourné court, le patient et sa conjointe ayant demandé le retrait de la greffe 15 jours plus tard.

Rapport sexuel satisfaisant à la 5ème semaine

L’intervention rapportée par le Lancet a été  réalisée en 2014, sur un jeune homme de 21 ans, 3 ans après une amputation consécutive à une complication de circoncision. Le jeune homme avait été sélectionné parmi d’autres candidats, à la fois sur ses caractéristiques physiques et psychologiques, notamment ses aptitudes émotionnelles à supporter une intervention de ce type. Un donneur a été trouvé fin 2014, un homme de 36 ans en état de mort cérébrale. L’intervention a duré au total 9 heures. Le traitement immunosuppresseur a été initié immédiatement après l’intervention.

Huit heures plus tard, une thrombose artérielle nécessitait une reprise. A J6, un hématome infecté et une zone de nécrose cutanée obligeaient à une nouvelle intervention. La sortie d’hospitalisation s’est faite 1 mois après et le patient faisait état d’un premier rapport sexuel satisfaisant 1 semaine plus tard, malgré l’interdiction qui lui en avait été faite…

Le score de bien être psychologique a doublé

D’autres complications ont toutefois émaillé l’évolution, toutes ont évolué favorablement. Un épisode d’insuffisance rénale aiguë est survenu 7 mois plus tard, résolu par la réduction des doses de tacrolimus, puis à 8 mois une infection cutanée avec phaéohyphomycose due à Alternario alternata, traitée par antimycosique topique.

Mais ces complications ne semblent pas avoir affecté la satisfaction du patient, puisque six mois après l’intervention, son score SF-36v2 de bien être psychologique avait doublé (de 25 à 57) et restait encore élevé 24 mois plus tard (46). Le score de santé physique suivait la même évolution, passant de 37 à 60 à 6 mois, puis à 59 à 24 mois. Les fonctions sexuelles et urinaires sont normales à 24 mois.

Depuis, une 3ème greffe de pénis a eu lieu à Boston aux Etats-Unis en 2016 et plus récemment, la même équipe sud-africaine a procédé à sa deuxième transplantation, en avril 2017.

Dr Roseline Péluchon

Références
Van der Merwe A. et coll. : Penile allotransplantation for penis amputation following ritual circumcision: a case report with 24 months of follow-up. Lancet, 2017 ; publication avancée en ligne le 17 août. doi.org/10.1016/S0140-6736(17)31807-X

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Vos réactions (2)

  • Une question

    Le 07 septembre 2017

    Faut-il vraiment greffer un organe non indispensable à un homme au prix d'un traitement immunosuppresseur qui sera délétère? Quelle est "la jouissance" dans un tel cas...?

    Dr Astrid Wilk

  • Sans antiréjets

    Le 07 septembre 2017

    Sauf, chère Astrid s'il l'on reprend le pénis coupé. C'est arrivé à Strasbourg avec un dentiste qui, sous AL, s'était émasculé et tout de suite a regretté son geste et a demandé la repose. Elle a échoué.

    Dr Jean Doremieux

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