Psoriasis lingual : à propos d'un cas

D. TENNSTEDT, J.-M. LACHAPELLE,

Dermatologie UCL, Bruxelles

Un patient de 12 ans se présente « en urgence » à la consultation car sa maman a découvert l’existence d’une curieuse pathologie linguale apparue, d’après le jeune patient, 2 à 3 semaines auparavant (figure 1).

Le goût est légèrement perturbé. Il n’existe pas de douleurs associées. La palpation des ganglions est négative. À l’anamnèse, il aurait présenté cette « desquamation » linguale dans le décours d’une fièvre avec angine importante qui n’avait cédé que grâce à une antibiothérapie par voie générale. Un frottis de gorge avait permis de mettre en évidence la présence massive de streptocoques β-hémolytiques du groupe A. Le diagnostic de psoriasis lingual a pu être posé de manière « certaine » d’autant plus qu’un psoriasis en gouttes typique est apparu 2 semaines après la première consultation dermatologique nécessitant une nouvelle consultation « en urgence » (figure 2) !

Après un essai infructueux de thérapeutiques par voie locale (émollients, corticoïdes, dérivés de la vitamine D), une amygdalectomie a permis d’éradiquer en moins d’une semaine, le psoriasis en gouttes ainsi que les manifestations linguales (figure 3).

Le psoriasis lingual est rarement décrit et peut représenter la manifestation inaugurale du psoriasis. Selon certains, il s’agirait d’une variété de psoriasis pustuleux localisé. Cliniquement, il ressemble à une langue géographique voire à la glossite du syndrome de Fiessinger-Leroy, mais les lésions linguales du psoriasis ne sont pas aussi migratrices que celles de la langue géographique.

Chez l’enfant, le psoriasis aigu en gouttes représente en moyenne 30 % des formes cliniques et succède fréquemment à une infection à streptocoquesβ-hémolytiques, surtout à type d’angine, mais aussi à type de vulvite, d’anite ou de balanite. Les lésions de petite taille prédominent sur le tronc et la racine des membres. Le visage, les coudes et les genoux sont généralement épargnés dans cette forme clinique. Cette association incite à examiner systématiquement la gorge et la sphère ano-génitale de ces enfants et à réaliser un frottis bactériologique. Dans les formes résistantes aux traitements locaux, un avis ORL peut être demandé, afin d’envisager une amygdalectomie, ce qui permet dans certains cas une guérison spectaculaire.

Le principal diagnostic différentiel à prendre en compte est la langue géographique (ou glossite exfoliatrice marginée) qui, sur le plan clinique, est proche et correspond à une ou plusieurs plaque(s) rougeâtre(s) dépapillée(s) soulignée(s) par une bordure desquamative blanchâtre. Elle prend une topo graphie semblable mais est nettement plus migratrice puisque les lésions évoluent de jour en jour et s’étendent de façon excentrique (figures 4 et 5). Elle disparaît souvent de manière spontanée pour récidiver de manière tout aussi spontanée. Son évolution est totalement imprévisible.

D’autres diagnostics différentiels peuvent être envisagés : langue blanche villeuse (variété de langue saburrale) (figure 6), glossite losangique médiane qui correspond à une lésion érythémato-kératosique parfois tubéreuse du V postérieur du dos de la langue et souvent « contaminée » par du Candida albicans (figure 7), langue scrotale ou langue plicaturée (figure 8).


Copyright © Len medical, Dermatologie pratique, février 2017

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Vos réactions (1)

  • Je connais...

    Le 02 mars 2017

    Hélas ! Affublée d'une quantité d'allergies, quelles soient respiratoires, de contact ou alimentaires, celles qui sont douloureuses, ce sont les allergies alimentaires.

    J'ai souvent une langue "géographique" après avoir mangé un aliment auquel je suis allergique. Cependant ces "lésions" très douloureuses disparaissent assez rapidement en 1 ou 2 jours sans traitement particulier. Ceci accompagné ou non d'une réaction d'oedème de quinck selon l'aliment en cause (fruits à coque par exemple).
    Selon le produit, mes allergies sont polymorphes : démangeaisons des amydales et du palais avec un oedème modéré avec langue géographique pour la pomme (allergie croisée avec celle respiratoire du bouleau), oedème de quinck massif avec l'abricot et l'amande (allergie aux fruits à gros noyaux), langue géographique seule avec la tomate (allergie croisée avec celle au nickel), par exemple.

    Je bois dans ce cas un verre d'eau bien froide en laissant baigner la langue un moment avant de déglutir pour soulager cette "cuisson" linguale et j'évite tout aliment acide jusqu'à rémission, comme pour un aphte.

    Si cela peut intéresser quelques spécialistes...

    C. D.

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