Silicose, la complainte de la plinthe

La silicose réapparait dans le monde entier parmi les travailleurs produisant ou transformant des comptoirs de cuisine ou de salle de bain en pierre artificielle.

Une équipe belge (1) rapporte une « épidémie » de silicose dans une usine produisant des pièces en composite à base de silice cristalline, malgré la « surveillance régulière » de la santé des travailleurs.

4 cas de silicose

En 2020, 4 salariés ont reçu un diagnostic initial de maladie pulmonaire. Il s’agissait d’hommes entre 38 et 59 ans, tous anciens fumeurs (5 à 40 paquets-années).

Les symptômes respiratoires, dont la dyspnée d’effort, avaient débuté après avoir travaillé pendant 7 à 27 ans dans la même entreprise produisant des plinthes composées d'un matériau composite polyester-silice cristalline (70 % à 95 % de quartz ou de cristobalite), plinthes commercialisées comme "protection murale hygiénique" pour l'industrie alimentaire et pharmaceutique.

À l'aide des données de spirométrie issues de la surveillance de la santé pendant 8 à 10 ans avant le diagnostic, les baisses annuelles individuelles du VEMS (volume expiratoire maximal par seconde) et de la CVF (capacité vitale forcée) ont été calculées à l'aide de régressions linéaires multivariées avec ajustement pour l'arrêt du tabac.

Le VEMS des 4 travailleurs déclinait entre 98 et 221 mL/an avant le diagnostic, soit 3 à 7 fois plus vite que la baisse annuelle normale (∼30 mL) chez les non-fumeurs. La CVF a diminué entre 17 et 220 mL/an.

Sur la tomographie thoracique à haute résolution, tous présentaient des adénopathies médiastinales et hilaires hypertrophiées (avec de petites calcifications pour 3 d’entre eux) et des micronodules centrolobulaires/péri-lymphatiques, principalement dans les lobes supérieurs.

L'un d'eux présentait également un emphysème étendu et l’on retrouvait chez 2 autres des conglomérats bilatéraux typiques d'une fibrose massive progressive.

Les résultats des biopsies pulmonaires et/ou ganglionnaires médiastinales allaient de la réaction précoce aux nodules silicotiques chroniques typiques, illustrant les différents stades histologiques des lésions induites par l'exposition à la silice. Des particules biréfringentes ont été trouvées dans le matériel histologique de 3 patients.

Les recherches d’agents biologiques pathogènes étaient négatives. L'enzyme de conversion de l'angiotensine sérique était élevée chez 2 patients (92 et 105 U/L ; normale : 20 -70 U/L), non dosée chez les 2 autres.

Exposition au quartz lors de la production

Lors du processus de production, un mélange constitué de 50 % de poudre de quartz, 22 % de sable de quartz, 11 % de dolomite (carbonate de calcium et de magnésium) et de résine polyester (dissoute dans du styrène) est versé dans un moule.

Un durcisseur (peroxyde de méthyléthylcétone liquide) et un accélérateur (2-éthylhexanoate de cobalt liquide) sont ajoutés pour amorcer la polymérisation de la résine.

Après le durcissement, les plinthes sont finies par un ponçage à sec avec une meuleuse d'angle portative et un perçage. Le nettoyage est effectué avec un grattoir et de l'air comprimé pour les moules, un balayage à sec pour le lieu de travail, ce qui remet en suspension les poussières.

Sur les lieux du travail, des concentrations élevées de quartz respirable (supérieures à la valeur limite d’exposition professionnelle -VLEP- belge de 0,1 mg/m3, identique en France) ont été mesurées lors du remplissage des moules (0,167 mg/m3), lors de leur nettoyage (0,329 mg/m3) et surtout lors de la finition à sec (1,080 mg/m3).

Les concentrations de styrène étaient les plus élevées lors du remplissage des moules (46 mg/m3) sans dépasser la VLEP (108 mg/m3).

Un suivi en santé au travail qui interroge

En Belgique, la surveillance réglementaire des travailleurs exposés à la silice comporte une spirométrie et une radiographie pulmonaire annuelle (en France, les recommandations récentes sont légèrement différentes (2)). Aucune radiographie n’a été réalisée pour ces 4 salariés.

L’analyse des spirométries annuelles, montrant une diminution rapide du VEMS et de la CVF, aurait dû alerter le service de santé au travail. Tous les travailleurs ont indiqué qu'ils n'étaient pas informés des dangers de la poussière de silice et la protection respiratoire individuelle n'a été introduite qu'après le premier diagnostic de silicose.

En conclusion, améliorer la sensibilisation et la prévention et améliorer la qualité des suivis existants, sont d'une importance primordiale dans l'industrie de la pierre artificielle.

Dr Bernard-Alex Gaüzère

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