Les opioïdes pris avant une intervention en aggravent les suites et coûtent cher

Il existe un abus manifeste des opioïdes aux États-Unis et notamment de l’hydrocodone. Pourtant, non seulement leur efficacité sur les douleurs chroniques fait débat, mais ils ont également des effets indésirables (constipation, dépression respiratoire, troubles urinaires), notamment chez les sujets qui sont amenés à être opérés ultérieurement.

Les consommateurs d’opioïdes représentent ainsi une population chirurgicale à risque majoré nécessitant des soins particuliers. On peut pressentir que leur séjour sera plus long et plus coûteux.

Des auteurs du Michigan (Etats-Unis) ont étudié les conséquences cliniques et financières de l’usage d’opioïdes après chirurgie viscérale. Ils ont repris les dossiers de malades opérés à froid dans leur centre, entre 2008 et 2014, en excluant les malades entrés plus d’un jour avant l’opération (réputés plus fragiles) et ceux qui n’avaient reçu d’opioïdes qu’en préopératoire immédiat. Il a été distingué 2 groupes : les consommateurs d’opioïdes (CO) et les naïfs d’opioïdes (NO).

Les 2 critères de jugement principaux ont été le coût total par opéré, de J-3  à J90, et le taux de complications majeures (infections du site opératoire, phlébites, défaillances rénales, etc.).

L’étude a porté sur 2 413 sujets (1 911 NO et 502 CO), opérés d’appendicectomies, de cholécystectomies, hernies, colectomies, hépatectomies, etc.). Les 2 groupes étaient différents, en ce que les CO étaient plus fragiles (stade ASA de l’American Society of Anaesthesiologists >3 chez 68 % des sujets versus 49 % chez les NO), plus souvent fumeurs et corticodépendants que les NO.

Le coût total a été plus élevé, en moyenne de 2 340 $, par malade CO que par malade NO. Cela s’explique partiellement par une durée de séjour allongée de 0,7 jours chez les CO par rapport aux NO, à pathologie égale. Quant au taux de complications, celui des CO a été 1, 3 fois plus élevé que celui des NO, avec notamment beaucoup plus d’infections, de défaillances respiratoires, d’infarctus du myocarde et de transfusions. Les opérés CO ont été hospitalisés plus longtemps et ont été plus fréquemment réadmis.

Les opioïdes au long cours pris avant une intervention chirurgicale en altèrent donc le pronostic, mais c’est aussi un facteur sur lequel il est possible d’agir afin d’améliorer les résultats.

Dr Jean-Fred Warlin

Référence
Cron DC et coll. : Preoperative opioid use is independently associated with increased costs and worse outcomes after major abdominal surgery. Ann Surg. 2017 ; 265 : 695-701.

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Vos réactions (2)

  • Les opioides en préopératoire : c'est l'usage chronique qui est délétère, pas l'usage aigu occasionnel

    Le 31 juillet 2017

    Le titre est ambigu : ce sont les opioides pris au long cours avant une intervention qui en aggravent les suites. Il ne s'agit donc pas de priver le patient d'un analgésique puissant en préopératoire, tout à fait justifié car destiné à couper la douleur aiguë liée à l'intervention (exemple : biopsies, ponctions). L'étude montre clairement cette différence, mais il faut lire l'article (au-delà du seul titre) pour s'en rendre compte.

    Dr Anne de Volder

  • Cron DC et coll. : Preoperative opioid use is independently associated with increased costs and worse outcomes after maj

    Le 31 juillet 2017

    Les deux groupes CO et NO étant différents
    (Plus d'ASA 3 dans le groupe CO) Il est normal de trouver plus de complications chez CO
    La conclusion est donc fausse, le coût est du à la fragilité et non à la consommation d'opioides pré opératoire.

    Dr Xavier Fournet

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