Eclairage mendélien sur le risque cardiovasculaire de la testostérone

Les ventes de testostérone dans le monde ont été multipliées par 12 entre 2000 et 2011. Elles sont loin de correspondre toujours à des prescriptions médicalement justifiées. L’usage des stéroïdes anabolisants, confiné dans les années 70 à certaines catégories de personnes soucieuses d’améliorer leurs performances sportives, s’est répandu dans la population générale. Aux États-Unis, 6,4 % des hommes disent avoir pris de la testostérone au moins une fois dans leur vie.

Cette utilisation en dehors des indications médicales n’est sans doute pas anodine. De nombreux travaux ont montré un lien entre la prise de testostérone et les maladies cardiovasculaires. De nombreux biais (obésité, comorbidités) doivent toutefois inciter à une certaine prudence vis à vis de ces résultats.
 
Développée depuis 2003, la randomisation mendélienne est devenu un outil essentiel de recherche épidémiologique, permettant d’éliminer les biais difficiles à contrôler. Les patients ne sont pas randomisés en fonction de leurs caractéristiques cliniques mais selon qu’ils sont ou non porteurs de variants génétiques associés à l’élément analysé, ici le taux de testostérone endogène. Deux variants génétiques ont été identifiés comme associés à ce taux (JMJD1C et SHBG). Pour clarifier le lien entre la testostérone et les pathologies cardiovasculaires, une équipe du Royaume-Uni a mené une étude par randomisation mendélienne en partant de 2 groupes de patients selon la présence de ces variants.

Augmentation du risque thromboembolique, d’insuffisance cardiaque, d’infarctus myocardique

Sur une cohorte de près de 400 000 femmes et hommes, les hommes porteurs d’un variant de la région JMJD1C ont un risque supérieur de pathologie thromboembolique (Odds Ratio OR 2,09 ; intervalle de confiance à 95 % IC 1,27 à 3,46), d’insuffisance cardiaque (OR 7,81 ; IC 2,56 à 23,8) et, dans une moindre mesure, d’infarctus myocardique (OR 1,37 ; IC 1,03 à 1,82). La relation est moins évidente chez les femmes. En revanche, la présence d’un variant dans la région SHBG ne semble pas associée à aucune des pathologies étudiées.

D’un point de vue clinique, ces résultats suggèrent que la testostérone pourrait avoir un rôle dans le risque thromboembolique, d’insuffisance cardiaque, et peut-être d’infarctus myocardique. Cela apporte des arguments supplémentaires pour les mises en garde émises par les autorités sanitaires au sujet des traitements par testostérone.

Les auteurs suggèrent de vérifier que les traitements destinés à faire baisser le taux de testostérone endogène pourraient avoir un effet préventif sur le risque cardiovasculaire. Reste aussi à comparer les effets respectifs de la testostérone endogène et exogène.
 

Dr Roseline Péluchon

Références
Luo S et coll. : Association of genetically predicted testosterone with thromboembolism, heart failure, and myocardial infarction: mendelian randomisation study in UK Biobank. BMJ 2019;364:l476

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Vos réactions (2)

  • Tout se discute

    Le 18 mars 2019

    D’un point de vue clinique, les derniers résultats des études consacrées à l'administration de la testostérone suggèrent que celle-ci pourrait avoir un rôle aggravant dans le risque thromboembolique, d’insuffisance cardiaque, et peut-être d’infarctus myocardique.

    Les auteurs suggèrent, cependant, de vérifier que les traitements destinés à faire baisser le taux de testostérone endogène pourraient -je dis bien pourraient - avoir un effet préventif sur le risque cardiovasculaire.

    Reste aussi à comparer les effets respectifs de la testostérone endogène issue du cholestérol et de la testostérone exogène synthétisée dans les années 30 en Allemagne, commercialisée dans les années 40 aux USA par Abbott.

    Pendant la période d’activité génitale, les femmes ont un risque cardiovasculaire plus faible que celui des hommes du même âge. De là à accuser la testostérone d'être responsable du risque cardiovasculaire, il n'y a qu'un pas vite franchi.

    Ce constat d’inégalité des sexes devant le risque cardio-vasculaire avait conduit, assez raisonnablement, les cardiologues des institutions des VETERAN (aux USA des années 60) à prescrire le PREMARIN.

    Cette initiative a connu un certain succès sur le plan cardio-vasculaire, chez les hommes en andropause, sans cancer prostatique connu, grâce à l’hormone naturelle issue des urines des juments gravides.

    La même année, 1968, les 14 urologues des VETERAN avaient mentionné exactement le contraire.

    A savoir que les hommes atteints de cancers prostatiques mis sous de faibles doses de DES (3 mg/jour) faisaient l’acquisition d’un risque cardio-vasculaire supérieur à celui des cancers mis sous placebos.

    Cette contradiction, dans une même institution, entre les cardiologues et les 14 urologues des VETERAN pourrait troubler ; s’il n’y avait de nos jours une bonne explication qui les a disjoints en 1973.

    Le cancer de la prostate, avant 1986 (PSA), était presque toujours métastasé. On savait fort bien depuis ARMAND TROUSSEAU que tous les cancers donnent des phlébites. Ce qui est oublié ici.

    Puis par RENE KUSS (1971) que le cancer prostatique spécialement s’accompagne 19 fois sur 20 de thromboses des veines iliaques démontrées par cavernosographie.

    On sait depuis Rudolf Virchow que la compression veineuse par le cancer pelvien joue un rôle important ainsi que des facteurs de coagulation encore en études.

    On sait depuis l’élève de VIRCHOW (VON RECKLINGHAUSEN) que la mort brutale dans le cancer de la prostate est secondaire à une embolie pulmonaire massive.

    Cependant la cause de ce décès par embolie pulmonaire était méconnue (Congrès de l’AFU de 1952), faute d'autopsie systématique. Les certificats de décès ne suffisent pas, ni en 1952, ni en 1972.

    Et puis on a lu l’inverse et que ce risque a été exagéré depuis 1972.

    L’embolie pulmonaire massive survient en fait dans 10-12 % des cas à la sixième semaine d’un traitement, non pas du fait des œstrogènes, mais tout au contraire grâce à eux par la fonte brutale des compressions néoplasiques dans le petit bassin.

    Voilà l’explication des différences entre les deux études de 1968 des VETERAN.

    Dr Jean Doremieux

  • Le titre

    Le 20 mars 2019

    Quelle magnifique titre "parisien" de cet article !

    Dr Guy Roche

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