Le tabagisme est en baisse en France, pour la première fois depuis 10 ans

Dans le cadre du Programme national de réduction du tabagisme 2014-2019, plusieurs mesures ont été instaurées en France en 2016. Elles s’inspiraient de dispositions prises avec succès dans d’autres pays. C’est ainsi que la règlementation a étendu l’autorisation de prescription des substituts nicotiniques (réservée jusque-là aux médecins et aux sages-femmes) aux médecins du travail, dentistes, infirmiers et kinésithérapeutes. L’obligation du paquet de cigarettes neutre, l’amélioration du remboursement des substituts nicotiniques (150 € par an au lieu de 50 €), de nouvelles actions d’accompagnement au sevrage (« Mois sans tabac », l’application « Tabac info service »), ont complété le dispositif. Ces mesures ont été prises alors que la France est le pays européen au plus fort taux de tabagisme. En 2016, 29,4 % des adultes déclaraient fumer quotidiennement, des chiffres stables depuis 2010, avec toutefois une aggravation des inégalités sociales en matière de tabagisme.

De premiers résultats encourageants

Le Baromètre santé 2017 de Santé publique France permet d’apprécier les premières conséquences de ces mesures. L’enquête, traitant des addictions et de la santé mentale, a été menée par téléphone auprès d’un échantillon représentatif de 25 319 personnes de 18 à 75 ans. Parmi les thèmes abordés figurait le tabagisme.

Les résultats sont encourageants puisque, en 2017, 26,9 % des personnes interrogées ont déclaré fumer quotidiennement, soit une baisse de la prévalence de 2,5 points depuis 2016. L’ampleur de cette baisse est inédite depuis une dizaine d’années. Cela représente environ 1 million de fumeurs quotidiens en moins. Parallèlement, le pourcentage des personnes n’ayant jamais fumé augmente, passant de 34,3 % à 37,1 %. Les fumeurs quotidiens déclarent une consommation quotidienne moyenne de 13,3 cigarettes, chiffre en légère baisse, lui aussi, par rapport au niveau déclaré en 2010 (13,8) et 26,3 % d’entre eux ont fait une tentative de sevrage d’au moins une semaine dans l’année (contre 24 % en 2016). La prévalence du vapotage est stable depuis 2016, chez les femmes et les hommes et quelle que soit la classe d’âge.

La réduction de la prévalence du tabagisme quotidien chez les hommes jeunes (18-24 ans) peut être vue comme un signal particulièrement prometteur. Elle atteint d’ailleurs son plus bas niveau depuis 2000 dans cette classe d’âge, avec 35,3 % de fumeurs quotidiens (44,2 % en 2016).

Elle est stable chez les femmes du même âge, mais après une baisse notée entre 2010 et 2016. La prévalence a diminué aussi chez les hommes de 45-54 ans, après une hausse continue depuis 2000, passant de 36,1 % à 30,5 %. Pour les femmes de 55-64 ans, la prévalence du tabagisme quotidien est passée de 21,1 % à 17,6 %, première baisse, là aussi, après une augmentation régulière depuis 2005.

Des inégalités géographiques et socio-économiques

Certaines régions se démarquent par leur prévalence plus élevée du tabagisme. Il s’agit du Grand Est, de l’Occitanie, des Hauts de France et de Provence-Alpes-Côte d’Azur. D’autres se distinguent par leur prévalence plus faible : Ile-de-France et Pays de la Loire. Ces différences peuvent s’expliquer par des facteurs culturels non mesurés dans cette étude, mais aussi par des facteurs socio-économiques. Les inégalités sociales en matière de tabagisme restent en effet significatives. Si la prévalence du tabagisme a baissé pour la première fois depuis 2000 chez les personnes les moins diplômées, ayant les revenus les plus bas et les demandeurs d’emploi, il persiste un écart de prévalence allant jusqu’à 14 points entre ceux ayant les revenus les plus faibles et ceux ayant les revenus les plus élevés, ou entre les personnes avec emploi et les chômeurs.

Il n’est pas possible de déterminer l’efficacité propre de chaque mesure sur la baisse de la prévalence du tabagisme. D’autres mesures anti-tabac vont suivre, avec notamment la hausse du prix du paquet de cigarettes avec l’objectif du paquet à 10 euros en 2020. Parallèlement, plusieurs spécialités de substituts nicotiniques ont été mises au remboursement, ce qui permettra d’en améliorer l’accès, notamment pour les fumeurs les plus défavorisés. Enfin, en janvier 2017, a aussi été créé, au sein de la Caisse nationale d’Assurance maladie, un Fonds tabac, destiné à financer des actions locales, nationales et internationales de santé. Il devrait permettre d’intensifier encore les efforts de lutte contre le tabagisme.

Dr Roseline Péluchon

Référence
Pasquereau A et coll. La consommation de tabac en France : premiers résultats du Baromètre santé 2017. BEH 2018 ; 14-15 : 265-273.

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